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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/99

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Arabes à la baïonnette par un petit nombre de chasseurs qu’il parvint à rallier. L’ordre dans le combat se rétablit à son commandement.

Dans le même temps, une sortie des plus vives avait lieu contre tout le côté droit de notre ligne d’attaque. Les femmes, plus féroces que les hommes, conduisaient elles-mêmes au feu tout ce qu’il y avait de plus fanatique et de plus résolu dans Zaatcha ; mais les chasseurs avaient eu le temps de courir à leurs retranchemens, encouragés par l’arrivée de leur chef de bataillon, le commandant Levassor Sorval, et de son adjudant-major, M. Duplessis, tous deux prompts à se porter partout où est le danger ; ils reçurent les Arabes avec cet aplomb qui déconcerte l’attaque la plus audacieuse. Arrivés alors au milieu de la mêlée, le général Herbillon et le colonel Canrobert donnèrent aussitôt les ordres nécessaires pour faire tourner les Arabes. Trois compagnies de zouaves, sous le commandement du capitaine Larrouy, et les tirailleurs indigènes conduits par Bourbaki, furent appelés du camp ; mais, pendant leur manœuvre, le combat se continuait toujours avec fureur à la sape de droite, et nous ne parvînmes à en chasser les Zaat-chiens qu’en essuyant des pertes cruelles. Dans les deux compagnies de chasseurs qui avaient été seules engagées, plusieurs officiers et soldats furent frappés ; le lieutenant d’artillerie. Guérin, qui commandait la batterie de la sape de droite, fut blessé mortellement ainsi que son maréchal des logis, le brave et regrettable capitaine Delmas fut traversé d’une balle au cœur. Le capitaine Hurvoy, du 8e de chasseurs, fut atteint au-dessus de l’œil et l’adjudant de son bataillon, tué à ses côtés.

L’arrivée de la colonne tournante sur les derrières de l’ennemi débloqua la tranchée : le plus grand nombre des Arabes n’eut que le temps de rentrer dans la ville, le reste se sauva du côté de Lichana ; mais, lorsque le commandant Bourbaki reçut l’ordre de se replier vers le camp, les assiégés, que l’on devait croire découragés, sortirent en foule, et un combat très sérieux s’engagea de nouveau dans les jardins. Il fallut faire avancer d’autres troupes. Le général Herbillon lui-même était là et présidait à tout, secondé par son chef d’état-major. La lassitude de l’ennemi mit seule fin à cette sanglante journée. Dans la soirée, le génie avait tout remis en ordre dans la sape de droite : le lendemain il ne restait aucune trace matérielle de cette attaque, effort suprême de la défense ; mais le douloureux souvenir de nos dernières pertes était partout présent.

L’assaut, décidé pour le 25, dut être ajourné de vingt-quatre heures. Il avait fallu une journée d’intervalle pour le repos des troupes et pour les dernières dispositions. Les chefs de corps, prévenus secrètement les premiers, réunirent chacun leurs officiers pour communiquer les ordres du général Herbillon. Les trois brèches, parfaitement praticables, devaient être abordées par trois colonnes. Pour les former, on