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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/976

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L’Autriche n’admettait pas que la révolution ait eu d’effets possibles ; elle considérait comme nul et de nulle conséquence l’arrêt de dissolution prononcé sur elle-même par la diète de Francfort, par l’organe légal de la fédération de 4815 elle persistait à dater du pacte de Vienne, que la Prusse considérait comme aboli. La diète germanique avait-elle été abolie ou seulement ajournée ? Avait-elle besoin pour exister derechef d’être derechef consentie par les états allemands, ou les obligeait-elle toujours comme une autorité dont l’exercice n’eût jamais été interrompu ? La question se posait en ces termes, et, si l’on s’en souvient, elle se posait avec fracas. C’était pour constater la vertu permanente de cette existence non interrompue que la diète intervenait l’année dernière dans la Hesse et dans le Holstein ; c’était pour la récuser que la Prusse mobilisait sa landwehr. À l’heure qu’il est, tous les états de la fédération ayant, selon l’exemple de la Prusse, envoyé leurs plénipotentiaires à Francfort, la question est vidée ; c’est même pour cela qu’il n’y a pas eu de séance d’ouverture. Le Journal de Francfort s’exprimait là-dessus très catégoriquement : « Cela prouve, disait-il en annonçant cette résolution, qu’on ne reviendra pas à la diète comme à une institution qu’on n’a point réussi à remplacer par un autre organe fédéral ; cela prouve qu’on s’en tient à la diète comme à une institution qui a été ajournée, mais qui n’a pas cessé d’exister un seul moment.

Or, si la diète n’a pas cessé d’exister un seul moment, toute la conduite de la Prusse depuis 1848 n’a été qu’une suite d’illégalités flagrantes, et de ces grandes ambitions qu’elle a manifestées par devant l’Allemagne, il ne lui reste d’autre fruit que l’embarras de les désavouer, que la nécessité d’en faire un meâ culpâ qui ne saurait évidemment ajouter à sa considération politique. Il y a pis encore : si c’était la Prusse qui se trouvait jusqu’ici en dehors de la légalité, la légalité était donc du côté de la diète, et par conséquent, dès que l’on rentre dans le giron de la diète, il faut accepter tous ses actes antérieurs, les actes les plus ouvertement hostiles à la politique prussienne ; il faut en endosser la solidarité. Ainsi les dépenses des armemens que l’Autriche et la Bavière ont naguère tournés contre la Prusse étaient assurément des dépenses fédérales, puisque ces armemens avaient été ordonnés par la diète. La Prusse aura-t-elle maintenant à en porter sa part, et sera-t-elle obligée de contribuer à solder le budget de la guerre dont on l’avait elle-même menacée ? Il ne manquerait plus que cette amertume après tant d’autres pour compléter les déboires du cabinet de Potsdam, pour éprouver la résignation des chambres berlinoises.

La présence des plénipotentiaires prussiens à Francfort signifie de la sorte que l’ordre de choses de 1815 était bien et dûment l’ordre normal ; qu’il l’est toujours demeuré, même quand il n’apparaissait pas, qu’il fonctionnait, si l’on ose ainsi parler, à l’état latent, quand c’était pourtant la Prusse qui tenait tout le théâtre et se produisait au grand jour ; qu’il a été remis, non pas en vigueur, puisque sa vertu n’avait point été altérée par l’usurpation de la Prusse, mais en lumière, puisque la Prusse a dû cesser de la lui disputer. La signification de cette démarche, son caractère de résipiscence est encore plus marqué par la choix des personnes auxquelles on en a confié le soin. M. de Rochow, M. de Bismark-Schoenhausen étaient les personnes qu’il fallait pour donner en toute sûreté cette adhésion nouvelle au régime de 1815. Il est même permis de présumer