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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/967

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responsable qu’on ne l’a encore été dans aucune des passes de notre histoire révolutionnaire. Faut-il s’associer à l’entraînement qui se prononce en faveur de la révision et contribuer chacun pour sa part à l’accélérer ? Faut-il seulement regarder d’un peu haut cette poursuite, et ne s’y joindre que pour en décourager les autres en leur prodiguant l’avis de ne s’y point trop livrer ? ou faut-il, par hasard, approuver l’acharnement que les républicains du temps de la conquête opposent à tout essai de ce genre-là, comme si la république étant leur bien à eux et non pas celui de tout le monde, personne qu’eux n’y devait toucher ? Il est impossible de prendre ici l’un ou l’autre parti : c’est un devoir de choisir et de s’en tenir fermement à son choix. Pour choisir en connaissance de cause, ce n’est pas un mauvais apprentissage de recueillir et de méditer les scènes récentes qui ont agité l’assemblée nationale, de voir dans leur ensemble les opérations des partis aux prises et les coups qu’ils essaient.

La première impression qui nous vienne en comparant les souvenirs de ces tumultueuses séances, c’est que l’extrême gauche s’applique évidemment à tenir en haleine le parti sur lequel elle croit pouvoir compter en dehors de l’enceinte législative. Elle travaille de son mieux, par les voix de tous ses orateurs, par les grossières violences de tous ses excentriques, à distraire ses frères et amis, ses soldats d’aventure, du spectacle décourageant de cette union soudaine qui se manifeste dans la majorité raisonnable et sensée de la France pour arriver d’un commun accord sur le terrain neutre de la révision. Nous l’avons dit, son procédé est de faire plus de bruit que le pétitionnement, afin de l’étouffer ou de le dissimuler. Elle avait un instant pensé qu’aux pétitions pour la révision du pacte de 1848, elle serait à même d’opposer en nombre à peu près suffisant des pétitions rivales pour l’abrogation de la loi du 31 mai. C’était une illusion qui devrait l’éclairer. On a essayé en province, et l’on n’a trouvé que de rares signatures ; on a essayé à Paris, et, sur une plus ample vérification, l’on a dû renoncer à l’espoir de produire un mouvement quelque peu significatif : on s’est désisté prudemment, avant même d’avoir rien mis en œuvre. L’hostilité imprévue, déclarée tout d’un coup, contre la loi du 31 mai par quelques-uns de ses plus chauds promoteurs n’a pas ramené beaucoup de recrues dans ce camp là. Le vigoureux accent avec lequel M. Baroche a professé pour lui et pour le ministère tout entier une adhésion complète et fondamentale au système d’une loi si nécessaire, l’à-propos de cette véritable déclaration de cabinet, ont brusquement coupé court à toutes les incertitudes qu’on entretenait par artifice dans beaucoup d’esprits.

Ç’a été d’ailleurs, cette fois en particulier, une chaude rencontre, la suite assez éloignée, mais encore très passionnée, du jour où dans l’autre quinzaine la querelle s’était annoncée et déjà presque ouverte. On se rappelle que l’occasion en avait été fournie par le texte d’un message télégraphique relatif à l’élection des Landes. Le débat allait être renouvelé par le rapport que M. de Dampierre avait à lire sur cette élection, qui n’était pas d’ailleurs contestée, et qui envoyait à la chambre le général Durrieu, un partisan avoué de la loi du 21 mai. La montagne se promettait, de saisir cette conjoncture toute naturelle pour exciter dans le parlement, en l’honneur du suffrage illimité, le tumulte qu’elle n’a point encore obtenu du pays, pour livrer une bataille de plus à