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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/942

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français et le poète écossais se sont rencontrés dans une commune pensée, c’est qu’une même inspiration a dicté les paroles qui s’échappent de leurs bouches, sans que l’un des deux ait rien dérobé à l’autre. Leurs idées, leurs sentimens appartiennent à la même famille ; mais il est évident que les Étoiles de M. de Lamartine n’ont rien emprunté à Fingal ou à Dartula. Le poète français a librement exprimé ce qu’il sentait, et, s’il s’est souvenu d’Ossian en modelant sa pensée, ce souvenir n’a pas altéré l’originalité de la composition. Il ne faut pas vanter la beauté des Étoiles devant les membres du Caveau, devant les disciples de Panard et de Desaugiers, qui croient fermement que toute poésie se trouve au fond d’un verre plein de vin généreux. Pour ces bons vivans, pour ces francs buveurs, toute rêverie est une niaiserie et rien de plus ; aussi n’essaierai-je pas de les convertir. Qu’il me suffise d’affirmer que les Étoiles traduisent sous une forme harmonieuse une pensée commune à tous les cœurs qui ont aimé, et je ne crains pas d’être démenti. Oui, le silence de la nuit invite à la rêverie, la contemplation du ciel étoilé réveille dans nos cœurs les plus chers souvenirs, et si la femme que nous avons chérie tendrement, que nous avons préférée au monde entier, dont le sourire nous égayait, dont les larmes nous attristaient, a quitté la terre, le regret se change en prière, la piété prend la forme de la crédulité la plus enfantine, et nous cherchons dans le ciel, parmi les étoiles, celle que nous avons aimée, et qui est tout entière dans notre mémoire. Cette pensée si vraie inspire à M. de Lamartine une série de comparaisons tantôt ingénieuses, tantôt éloquentes. Il règne dans toute cette pièce un accent de sincérité qui ne laisse pas à l’émotion le temps de s’attiédir ; il n’y a pas un sentiment qui ne porte l’empreinte de la vérité. Si parfois les images rappellent le style de Macpherson, l’abondance et la spontanéité des idées qu’elles traduisent éloignent bientôt toute accusation de servilité. Pour moi, je vois dans les Étoiles l’expression d’un regret sincère, d’une passion vraie, et, comme je ne comprends pas qu’une affection fer vente ne rêve pas l’immortalité, je trouve tout simple qu’un amant cherche dans le ciel, parmi les étoiles les plus pures, la femme qu’il a perdue. Si la raison condamne comme puérile cette pieuse rêverie, l’imagination l’accepte, et le cœur l’absout. Le style des Étoiles, quoique plus abondant que le style du Lac, n’est pas moins précis. Les images plus variées, plus nombreuses, ne sont pas moins vraies ; la pièce tout entière est sortie d’un cœur sincèrement affligé, et les sentimens qu’elle renferme sont tellement élevés, tellement purs, qu’ils échappent à toute discussion.

Le Chant d’Amour est tendre comme une caresse et pieux comme un cantique d’actions de grace. Les strophes amollies murmurent à l’oreille comme la brise du matin parmi les roseaux de la rive. Toute