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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/92

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commençait son feu contre la place, et envoyait des obus dont les éclats, en inquiétant les défenseurs, devaient faire diversion à l’attaque projetée. Lorsque le commandant Bourbaki fut établi dans ses positions, le général Herbillon donna le signal de l’assaut. Aussitôt le bruit guerrier et animé de la charge mit en mouvement les deux colonnes, qui sortirent de la sape et s’élancèrent dans le fossé. Les premiers en tête de la colonne de gauche, entraînés par le vaillant capitaine Padro, du 2e régiment de la légion étrangère, parviennent facilement au haut de la brèche ; ils s’établissent sur la terrasse de la maison qu’ils trouvent devant eux… mais l’espérance du succès ne fait que traverser leurs coeurs. La maison minée s’écroule sous leurs pieds, et les engloutit tous avec un horrible fracas. Ceux qui suivent, aveuglés par la poussière des décombres s’arrêtent, et tombent décimés par un ennemi invisible, qui tire à coups sûrs par mille créneaux ; ceux qui sont épargnés, veulent passer outre, mais ils reculent, arrêtés par des obstacles infranchissables. Ils se retirent alors dans la sape, avec la rage dans l’ame et le désespoir de n’avoir pu venger leurs malheureux camarades.

Pendant ce temps, un bataillon du 43e se faisait écraser à droite. Faute de moyens plus expéditifs pour pratiquer une descente de fossé, le génie avait fait avancer une charrette ; mais, comme il était difficile de la faire manœuvrer sous le feu de l’ennemi, elle tourna sur elle-même en descendant dans l’eau, et ne put ainsi servir comme on l’espérait. On avait préparé un autre tablier de pont avec des tonneaux vides, mais les hommes qui le portaient étaient tués avant d’arriver. Cependant il fallait passer pour donner la main à la colonne de gauche, que l’on croyait plus heureuse. Une section du génie et les premières compagnies du bataillon du 43° se jettent dans le fossé sans autre précaution. Les soldats franchissent péniblement le mur d’escarpe ; guidés par l’infortuné chef de bataillon Guyot, ils courent à la brèche sous une pluie de feu, mais ils ont tant de peine à la gravir, qu’ils donnent aux Arabes le temps de diriger sur chacun d’eux un coup mortel. Pour comble de malheur, le petit nombre qui parvient à gagner le haut de la brèche ne peut se servir de ses cartouches gâtées par l’eau. Impossible de se défendre : il faut se retirer, mais en repassant sous le feu le plus meurtrier. Tout ce qui est blessé, tombe dans le fossé et se noie. C’est un horrible spectacle que celui de ces malheureux se débattant dans une mare rougie par leur sang, et finissant par succomber dans les plus affreuses angoisses ! A leurs plaintes, à leurs cris déchirans, répondent les cris sauvages des Arabes qui triomphent. Jamais nos soldats, témoins de pareilles scènes, n’avaient ressenti de plus fortes et de plus douloureuses émotions. Ce malheureux bataillon du 43e, qui ne fut pas engagé tout entier, perdit dans cet assaut son commandant, M. Guyot, digne fils du général de division de l’empire et frère du