Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/898

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


enseignement analogue fût constitué dans toutes nos villes du littoral maritime. Quand l’instruction industrielle et l’instruction commerciale se prêteront un mutuel appui, on ne sera plus exposé à voir dépérir l’esprit d’entreprise au moment même où la production prend le plus grand essor.

Quelle main sera chargée de créer, d’organiser un système d’éducation spéciale accommodée aux exigences économiques des différentes contrées de la France ? A qui confiera-t-on le soin de constituer l’enseignement professionnel pour les masses laborieuses, et de réaliser ainsi une des pensées les plus hautes de notre siècle ? Est-ce à l’état ? Faut-il établir une université du travail placée sous la main du gouvernement, avec les lourdes charges qu’entraînerait une semblable institution ? Nous ne pensons pas que les prérogatives de l’état en matière d’instruction publique doivent ici s’exercer de cette manière. Une autre route nous paraît à la fois plus courte, plus sûre, moins coûteuse : il s’agit de besoins qui changent suivant le caractère de l’industrie dans les diverses régions du pays ; qui pourrait dès-lors mieux apprécier ces besoins que les conseils-généraux ou les conseils municipaux ? La nature des choses l’indique nettement : les petites écoles industrielles et les institutions qui s’y relient doivent être des créations communales ou départementales entretenues aux frais des départemens ou des communes. Tout au plus pourrait-on admettre dans une limite restreinte et seulement au début, à titre d’encouragement, les subventions du trésor. Est-ce à dire qu’il ne revient au gouvernement aucune part d’action ? Est-ce à dire qu’une œuvre qui intéresse de si près la stabilité sociale s’accomplira complètement en dehors de son influence ? Non certainement : le pouvoir central doit être investi d’une haute direction morale, qui consisterait à stimuler l’activité sommeillante, à propager les bons exemples, à signaler les meilleures méthodes, à rectifier ou à compléter les programmes vicieux ou insuffisans, à recueillir des renseignemens et à les porter à la connaissance de tous, à composer enfin le tableau général des résultats obtenus. Plus l’administration serait débarrassée de ces mille détails d’une intervention journalière qui entraînent toujours d’affligeantes pertes de temps, et plus elle pourrait exercer son influence avec sûreté et avec ampleur. L’action serait naturellement placée entre les mains du ministre dont relèvent les intérêts industriels et commerciaux du pays. Non-seulement le département du commerce est seul assez rapproché de la pratique des arts et métiers pour en observer fidèlement la marche, mais encore il a seul le moyen de former dans les institutions qu’il administre ou qu’il encourage un personnel pour l’instruction spéciale.

Dans l’accomplissement de la mission réservée à l’état, le Conservatoire