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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/896

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Mulhouse, Saint-Quentin, Roubaix, Limoges, il ne serait pas plus difficile de reconnaître le caractère principal que l’enseignement aurait à revêtir.

À côté des écoles industrielles se placeraient des cours également appropriés aux exigences des différentes régions de la France et destinés en général aux adultes. En restant invariablement élémentaire et pratique, l’enseignement pourrait ici recevoir une certaine extension. Déjà, comme nous l’avons vu, des cours institués sur un plan plus ou moins adapté aux besoins vrais des travailleurs existent dans un certain nombre de villes : il faut les multiplier en les rapprochant davantage de l’application. Quant à la spécialité que les leçons embrasseraient, elle serait naturellement indiquée par les circonstances. N’est-il pas visible, pour ne citer qu’un exemple, qu’un cours sur les couleurs conviendrait merveilleusement dans les villes qui teignent nos tissus de soie, de laine et de coton [1] ? De pareilles leçons, mises en rapport avec les exigences réelles du travail, seraient éminemment propres à attirer la population laborieuse ; elles serviraient ses intérêts aussi bien dans l’ordre moral que dans l’ordre matériel. La création de bibliothèques spéciales, libéralement ouvertes aux ouvriers et composées d’une manière conforme à leurs besoins, fournirait à l’enseignement oral un très utile complément. Chez nos voisins d’outre-Manche, on voit de temps à autre dans les grandes manufactures des bibliothèques destinées aux travailleurs qui y sont employés (workrnen’s libraries). En France, la mission d’en former de pareilles semble revenir plutôt aux communes qu’aux établissemens particuliers. Ces bibliothèques, on ne saurait trop le dire, devraient se garder d’offrir un aliment à des lectures frivoles, comme on l’a reproché à quelques-unes des mechanics’ institutions de la Grande-Bretagne. On choisirait des livres qui se rapportent au travail local et des écrits élémentaires sur l’industrie, le commerce, les arts, les sciences appliquées ; on s’empresserait de recueillir les rares ouvrages qui simplifient les notions morales et religieuses, et donnent à l’homme une idée de ses devoirs sociaux. Les dons de livres peuvent aussi prendre place dans le système de l’enseignement industriel du peuple. De même que les communes distribuent des secours aux indigens, nous aimerions à les voir distribuer- aux ouvriers des livres propres à éclairer la pratique des arts et métiers.

Ces écoles industrielles, ces cours, ces bibliothèques, en un mot toutes ces institutions laisseraient d’ailleurs subsister les moyens de l’enseignement ordinaire, qui serait complété et vivifié sans recevoir

  1. Il y a quelques années, la chambre de commerce de Lyon avait appelé de Paris, pour faire un cours sur les couleurs, un savant professeur qui s’est acquitté de cette honorable mission avec autant de succès que de désintéressement.