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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/895

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populaire. Ce n’est pas en effet aux populations ouvrières que s’adresserait l’enseignement annexé aux collèges ; quelques enfans appartenant aux classes aisées en profiteraient seuls. Une objection beaucoup plus grave naît en outre du fond même des choses : jamais l’enseignement industriel ne pourrait prendre, dans les mains de l’université, un caractère pratique. L’université n’a pas les moyens de lui imprimer ce caractère ; elle manque d’un corps enseignant formé pour cette mission nouvelle, elle n’a aucune ressource pour en créer un. Ses professeurs de mécanique, de chimie, de géométrie appliquée aux arts et métiers, qui n’ont jamais pratiqué ce qu’ils enseignent, seront toujours murés, malgré eux, dans la théorie. Où auraient-ils puisé ces connaissances expérimentales qui constituent l’essence même de l’enseignement professionnel ? quels ateliers ont-ils fréquentés ? quels travaux ont-ils exécutés de leurs mains ? Hélas ! ils n’ont cherché la pratique que dans les livres, c’est-à-dire où elle n’est pas. Aussi, nous pouvons le dire, — en ce qui concerne les carrières industrielles, — les classes spéciales annexées à quelques collèges, quels que soient les talens et la bonne volonté des hommes qui se sont occupés de ces créations, n’ont produit aucun effet et n’en promettent pas davantage pour l’avenir.

Comme c’est en bas qu’on veut porter la lumière, c’est en bas qu’il faut agir. De petites écoles industrielles communales, dirigées par des hommes pratiques, où les enfans seraient admis avant, pendant ou après l’apprentissage, et où ils recevraient une instruction adaptée aux exigences des industries locales, sont les seuls moyens d’arriver au but. Qu’un travail manuel y soit ou non, suivant les circonstances, annexé à l’éducation morale et intellectuelle, les jeunes ouvriers devraient y trouver mises à la portée de leur intelligence les données les plus simples, les plus élémentaires, les plus pratiques de la théorie. On n’y recommanderait pas à l’enfant d’aimer son état, mais on le préparerait à le mieux comprendre, on le mettrait à même de le mieux exercer, et on se reposerait pour le reste sur le cours naturel des choses, sur cette loi de la nature humaine qui veut qu’on s’attache davantage aux travaux où l’on réussit. L’école de tissage de Nîmes, l’école dentellière de Dieppe, l’école industrielle de Strasbourg, donnent quelque idée du caractère spécial de ces écoles professionnelles. Quelques exemples rendront encore notre pensée plus claire. Transportons-nous dans la ville de Lyon, où règne en souveraine une si magnifique industrie. La plupart des écoles, dans la partie pratique de leur enseignement, se rapporteraient ici à la soie, à la nature de ce produit, aux différentes préparations qu’il doit subir, aux influences qui l’altèrent soit en masse, soit en fil, soit en tissu, aux transactions auxquelles il donne lieu dans les divers pays du monde, à la teinture, au dessin pour les étoffes soit brochées, soit imprimées, etc. À Lille, Rouen, Saint-Étienne,