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presque exclusivement avec les ressources de quelques chefs d’atelier pour recueillir des orphelins pauvres. De telles intentions se recommandent d’elles-mêmes à la judicieuse libéralité du conseil municipal.

Dans un ordre d’idées et par des moyens tout différens, des cours publics et gratuits, fondés sous les auspices de sociétés particulières contribuent à répandre l’instruction spéciale parmi les ouvriers. Quand l’homme a un état, quand il a été mis en mesure de remplir ainsi un rôle utile à la société et de gagner sa vie, un enseignement de ce genre, soigneusement adapté aux nécessités industrielles, plus nourri de faits que de théories, simple et s’adressant au bon sens des masses, est de nature à produire les plus excellens effets moraux. Je ne voudrais, pas dire que les programmes actuels remplissent toutes ces indications ; il y a des additions et des retranchemens à y opérer. Le sentiment philosophique de la grande tâche de l’enseignement professionnel des masses ne s’y révèle pas assez, et de plus on s’y tient souvent trop loin des conditions de la vraie pratique. Cependant beaucoup d’efforts individuels éminemment honorables ont été dépensés sur ce terrain-là ; ils ont produit un bien réel, et ils méritent les encouragemens effectifs de la municipalité parisienne.

Voilà sans doute des sacrifices isolés, des créations particulières dignes d’un très haut intérêt. Cependant, il faut bien le reconnaître, à Paris même, dans cette ville si justement fière de ses lumières, de son opulence, de ses mille institutions d’utilité publique, l’enseignement industriel des classes laborieuses n’est assis sur aucune base certaine ; partout il est livré au hasard de programmes arbitraires. Est-il difficile, après cela, de voir combien il demeure incomplet et combien est faible le nombre des travailleurs en mesure d’en tirer profit ? Si, du vaste centre où aboutissent les grandes artères de la vie nationale, nous cherchions à embrasser d’un regard toute l’étendue du pays, à quelles étroites proportions l’instruction professionnelle vraiment pratique ne nous paraîtrait-elle pas réduite ! Sur les deux cent cinquante à trois cent mille ouvriers qui atteignent chaque année l’âge d’homme, combien y en a-t-il qui aient pu puiser dans cet enseignement, avec le sentiment de leur rôle social, de sérieuses connivences pour l’exercice de leur état ? Nous n’avons pas vingt-cinq départemens qui jouissent d’institutions techniques ouvertes aux travailleurs. Encore ces établissemens ne sont-ils à la portée que d’une partie très minime de la population. Soyons, si l’on veut, plus accommodans, et contentons-nous d’une instruction qui, sans être tout-à-fait pratique, présente du moins une tendance professionnelle : nous la rencontrerons encore à peine dans la moitié de nos divisions départementales. Si nous disions, en dernière analyse, que l’éducation industrielle, telle que nous l’avons définie, est à la portée d’un ouvrier sur cinquante, nous croirions embellir