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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/881

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l’essor qu’il donne à son enseignement, le Conservatoire ne saurait remplacer les institutions locales. Dans ces dernières réside le germe le plus fécond de l’instruction professionnelle des classes ouvrières.

Les trois écoles d’arts et métiers de Châlons, d’Angers et d’Aix, qui, comme le Conservatoire, relèvent directement de l’état, se lient de plus près à l’enseignement pratique. La plus ancienne, celle de Châlons, établie un moment à Compiègne, a été instituée par un arrêté du gouvernement consulaire de l’an XI. La seconde, créée en 1811, avait été placée d’abord par la politique impériale à Beaupréau, au milieu du pays vendéen, pour devenir dans cette région peu avancée un centre d’activité nouvelle. La troisième date seulement de 1843. Les écoles d’arts et métiers sont destinées à former des ouvriers habiles ; chacune d’elles se divise en quatre ateliers : la forge, la fonderie, l’ajustage et la menuiserie. Les trois établissemens de Châlons, d’Angers et d’Aix sont inscrits au budget de 1851 pour 1 million 1,000fr. ; mais, en déduisant de ce chiffre les sommes payées par les élèves pensionnaires et le produit de la vente des objets fabriqués, la dépense nette qu’ils imposent au trésor ne monte guère au-dessus de 600,000 fr. Il s’agit de savoir si les résultats justifient ces sacrifices, et si ces écoles ont répondu à la pensée qui leur a donné naissance.

L’existence de ces institutions, ou tout au moins de l’une d’elles, a été récemment menacée par la commission du budget de 1851. On soutenait que la majorité des élèves ne suivaient pas la carrière industrielle pour laquelle on avait entendu les préparer, et que la théorie tenait trop de place dans l’enseignement. À la première de ces objections, on a opposé des chiffres officiels, d’où il résulte que plus de la moitié des élèves sortans chaque année entrent dans l’industrie comme ajusteurs, fondeurs, forgerons, mécaniciens ou menuisiers. Encore parmi les autres en trouve-t-on un certain nombre qui se placent dans les ponts-et-chaussées comme piqueurs ou conducteurs ; quelques-uns sont occupés comme dessinateurs soit dans les ateliers de construction de machines, soit chez des architectes. Les écoles d’arts et métiers contribuent encore en une proportion notable au recrutement des compagnies de mécaniciens pour les bateaux à vapeur de l’état. Ainsi, dans les sept dernières années, on a admis près de cent élèves de ces écoles en qualité de contre-maîtres ou de chauffeurs. Quant au partage qui s’opère dans l’enseignement entre la théorie et la pratique, il suffit de dire que les élèves passent sept heures et demie par jour dans les ateliers et cinq heures et demie seulement dans les classes et dans les salles de dessin. Les professeurs sont rigoureusement astreints à se placer dans leurs leçons au point de vue le plus usuel, à celui d’où l’esprit voit le mieux le moyen de tirer parti des connaissances acquises. Lorsque le concours a été substitué, il y a deux ans, au choix ministériel pour la nomination des professeurs, les programmes ont été rédigés