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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/874

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aidée pour les instruire. Elles intéressent encore à un degré plus élevé tous les jeunes gens des classes aisées qui se destinent aux professions industrielles : nos voisins n’ont pas organisé pour ces derniers un enseignement particulier ; les mœurs publiques et privées comblent le vide laissé par les institutions. Autour du foyer domestique, sous l’inspiration paternelle, dans les ateliers et les usines, les enfans reçoivent presque à leur entrée dans la vie une direction pratique. Ils apprennent qu’ils ont devant eux une carrière de travail, et que le meilleur moyen de la féconder, c’est de l’aimer et de s’y tenir. Cette influence des traditions de famille, sous le toit le plus humble comme dans les palais somptueux, forme un des traits distinctifs de la sociabilité anglaise ; elle fournit des ressources particulières à l’enseignement professionnel. Cependant, malgré la différence des situations, le système suivi de l’autre côté de la Manche en ce qui concerne les enfans pauvres reste pour nous un sujet d’études éminemment utile.

La Belgique et la Prusse sont, après la Grande-Bretagne, les deux contrées où les tentatives accomplies offrent le plus d’intérêt. Depuis quelques années, la Belgique a fait de grands efforts pour constituer un mode spécial d’instruction. Une loi de 1850 vient d’y prescrire l’organisation de ce qu’on appelle l’enseignement moyen. Les établissemens d’instruction moyenne sont de deux degrés : les écoles moyennes supérieures, les écoles moyennes inférieures. Ces institutions peuvent dépendre du gouvernement, de la province ou de la commune. Les écoles moyennes supérieures comprennent deux sections, une pour les humanités, une autre pour l’enseignement professionnel ; mais dans cette dernière section, comme dans les écoles moyennes inférieures, l’instruction a-t-elle bien le caractère pratique qu’on a prétendu lui imprimer ? Le programme des études renferme, on ne saurait le nier, des élémens tout-à-fait techniques. Ainsi, dans les écoles moyennes inférieures, on enseigne le dessin linéaire et industriel, l’arpentage et les autres applications de la géométrie. Dans la section professionnelle des écoles supérieures, on ajoute aux mathématiques élémentaires la physique, la mécanique, la chimie, les élémens de l’économie industrielle, etc. Les programmes peuvent d’ailleurs être modifiés suivant le besoin des diverses localités. Cet enseignement peut convenir à la grande et à la petite bourgeoisie ; mais ce n’est pas là l’instruction pratique telle que nous la concevons dans des écoles vraiment industrielles ouvertes aux populations ouvrières. Il n’y a pas de place pour ces institutions dans le système de la loi belge de 1850. Peut-être cette loi a-t-elle en outre le tort de poser en principe que la section d’humanités et la section professionnelle des écoles supérieures seront réunies, à moins d’une décision exceptionnelle prise par le gouvernement. Rien ne serait plus propre à dénaturer peu à peu le caractère de l’instruction spéciale.