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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/87

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que l’on arrive à un fossé large de sept mètres, profond, encaissé et entourant la forteresse d’un infranchissable obstacle. Au-delà se présente l’enceinte bastionnée et crénelée à différentes hauteurs pour favoriser la multiplicité des feux. C’est à cette muraille que s’adosse une partie des maisons de la ville, de sorte que les défenseurs, sans sortir de chez eux, pouvaient aisément prendre part à la lutte et rester à l’abri de nos coups. À l’intérieure la ville, de grandes maisons carrées, prenant leur jour en dedans et percées seulement au dehors de petites ouvertures servant de créneaux, sont merveilleusement disposées pour les ressources extrêmes de la défense. Enfin les murs des premiers jardins construits au bord du fossé forment déjà comme une première enceinte, et encore au-delà ; un petit mur à hauteur d’appui règne autour de la moitié de la ville, accessoire de l’obstacle principal, qui est la muraille bastionnée et parfaitement crénelée. Une seule porte donne entrée dans la place, mais elle se trouve Au côté de la profondeur de l’oasis, opposée par conséquent au côté de l’attaque le plus rapproché de la lisière du bois ; elle est d’ailleurs défendue par une grande tour crénelée dont les féru dominateurs en couvrent toutes les approches. Que l’on suppose maintenant, dans cette forteresse, une population guerrière et fanatique, résolue à se défendre jusqu’à la mort, et l’on ne se fera qu’une imparfaite idée des difficultés avec lesquelles nous allions être aux prises. Au sud de Zaatcha, dans la forêt, se trouve le village de Lichana ; un autre, celui de Farfar, se cache à l’ouest à l’abri des palmiers. Ces villages, à l’époque du siége, envoyaient journellement des renforts à Zaatcha, qui recevait aussi de nombreux contingens des oasis voisines de Tolga et de Bouchagroun, et en général de toutes celles des Ziban et des autres pays révoltés, ce qui pouvait faire monter à un chiffre énorme le nombre des ennemis que nous avions à combattre.

Bou-Zian commandait en personne l’armée des assiégés ; secondé par Si-Moussa, son lieutenant, il exerçait sur les Arabes une autorité sans limites : il leur avait persuadé que les Français succomberaient sous la main de Dieu. Ne négligeant aucun des moyens matériels qui devaient appuyer ses prophéties, il avait fait des approvisionnemens considérables, poussant la précaution jusqu’à confectionner des balles avec des noyaux de datte recouverts simplement d’une feuille de plomb, afin de ménager ce métal si précieux à la guerre. Enfin il avait gardé sa femme et ses enfans pour inspirer à tous cette confiance qu’il était le premier à éprouver, et il avait eu soin de faire partir tous ceux qui n’auraient pu servir activement dans la lutte en les chargeant du dépôt des richesses communes.

Le camp français fut établi sur les dernières petites d’un contrefort des montagnes du Teil, qui se termine là au nord de l’oasis. On y était