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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/869

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d’instruction publique, c’est seulement sur le terrain de l’enseignement spécial que des perspectives nouvelles se déploient devant nos regards ; des luttes de partis n’ont jamais pu réussir à dénaturer le problème, à rétrécir la question qu’il est si important de résoudre. Ici notre initiative n’est pas gênée par ce qui existe. Ainsi, en ce qui concerne l’instruction industrielle, nous ne possédons que d’insuffisantes ébauches qui deviennent de plus en plus incomplètes à mesure qu’on se rapproche des masses. Nous voudrions tâcher d’indiquer les moyens d’asseoir sur de larges bases, et surtout en vue des classes ouvrières, cette partie si essentielle de notre système d’enseignement. Quelques germes se rencontrent, soit en France, soit au dehors : il faut d’abord les connaître. Après avoir recueilli avec soin les leçons que peut nous fournir l’expérience, nous serons mieux en état d’apprécier l’insuffisance de nos institutions actuelles. Nous pourrons nous demander, en dernière analyse, comment, en tenant compte de nos idées et de nos mœurs, l’enseignement industriel devrait être organisé, afin de suffire à sa mission économique et sociale. Aujourd’hui, la raison populaire pèse trop fortement dans la balance des destinées du pays pour que la question ne touche pas tout le monde de fort près. Nul ne saurait être indifférent au mouvement irrésistible qui élève les masses ; nous ne sommes pas de ceux qui s’en effraient comme d’une calamité publique. Nous y voyons au contraire un nouveau progrès accompli par l’humanité ; mais, pour écarter les périls attachés à toute grande évolution sociale, il faut savoir préparer les voies où la société s’élance, et adapter l’instruction de la classe ouvrière à ses besoins, à ses devoirs, en un mot à son rôle dans la vie. Les masses aspirent à s’éclairer. Déjà les instincts populaires se sont rectifiés, en une certaine mesure, au spectacle des événemens qui se sont succédé depuis trois ans et au rude contact des expériences de 1848. Les ouvriers sont presque partout moins accessibles maintenant à l’esprit d’agitation qui arrête le travail et met toutes les existences en danger. Ils comprennent mieux comment leur propre bien se lie étroitement au maintien de l’ordre dans la société. Si le calme règne depuis deux années dans, le pays, sans prétendre diminuer en rien la juste part qui vient ici à l’assemblée nationale et au gouvernement, on doit en faire honneur aussi aux sentimens intimes de cette partie de la population qui naguère était la plus docile aux provocations des apôtres du désordre. Disons-le bien haut : la situation n’aurait, sous ce rapport, rien d’alarmant, si le resserrement des affaires, l’interruption du travail et la misère qui en est l’immédiate conséquence, venaient pas altérer le cours naturel des choses et rouvrir ames aux suggestions perfides et envenimées. Plus on approfondi l’état intellectuel et moral de la masse laborieuse, et plus les faits abondent pour corroborer cette opinion.