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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/868

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par l’inexpérience, sont venues même en obscurcir les termes. Il y a là cependant un germe qu’il importe de dégager. Les intelligences sont aujourd’hui préparées à recevoir l’enseignement, dont il ne s’agit plus que d’assurer la bonne distribution en renouvelant, en complétant le système actuel d’éducation industrielle. C’est ici une des plus graves questions que soulève l’état moral des classes populaires, et, en s’aidant de quelques documens, de quelques études récentes, il y a, ce semble, utilité aussi bien qu’opportunité à en chercher la solution.

L’enseignement professionnel est déjà constitué chez nous pour les professions qualifiées du nom de libérales, mais il n’est constitué que pour celles-là. Comment s’étonner dès-lors que les facultés de droit, les facultés de médecine, toutes les écoles qui conduisent à des emplois publics, soient littéralement encombrées, puisqu’on a pris si peu de soin d’ouvrir d’autres voies à l’activité individuelle et à l’ambition des familles ? Au lieu de contenir cette propension naturelle de nos mœurs, qui pousse chacun à sortir de son état, on semble tendre à l’exciter davantage. Demandez à ce fabricant, à ce marchand, à cet ouvrier que le travail a conduit à une certaine aisance, ce qu’il rêve pour son fils : vous obtiendrez presque invariablement la même réponse,-une profession dite libérale ou une place du gouvernement. Comme la société ne peut occuper en définitive qu’un certain nombre d’avocats, de médecins, d’hommes de lettres, de fonctionnaires publics, elle laisse impitoyablement sans emploi des capacités souvent réelles qui ont eu le tort de se lancer dans une voie où l’on n’a pas besoin de leurs services. Les enfans de citoyens utiles sont ainsi à charge à leur famille et à eux-mêmes ; luttant péniblement pour s’ouvrir une issue au milieu de rangs trop pressés, ils ne s’en prennent pas des déceptions qu’ils essuient à la mauvaise direction de leurs études, mais à la société qui les repousse.

Dans un pays comme le nôtre, où l’esprit traditionnel exerce si peu d’empire sur les familles, où toutes les carrières sont ouvertes à toutes les ambitions, l’éducation professionnelle s’élève à la hauteur d’une mesure de salut social. Étendre cet enseignement aux classes ouvrières, c’est une mission que notre époque doit savoir accepter résolûment. L’instruction primaire toute seule ne suffit plus aux populations laborieuses. Ce n’est point assez de donner à un enfant un certain développement intellectuel, ou même de semer dans son cœur les germes de quelques vérités morales et religieuses ; il reste encore à le préparer pour la place qu’il est appelé à remplir dans l’immense arène ouverte au travail. Quand l’homme apprend de bonne heure à envisager sa profession d’un peu haut, il est mieux disposé à s’y tenir ; il conçoit mieux aussi que tous les, métiers ont une utilité qui les relève et donne naissance à de légitimes avantages.

Après ce qui a été réalisé sous les gouvernemens antérieurs en manière