Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/835

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


fait là ! Je voudrais que le mien lui ressemblât. – Eh ! mais, cela aurait bien pu arriver, sir Francis, observait mistress Judith, car vous ressemblez beaucoup à mon mari. Vous avez, comme lui, un nez de grande et belle dimension. — C’est la vérité, mistress Judith ; mais lady Burdett ne vous ressemble pas, ajoutait le baronnet en l’embrassant. Oh ! le joli nourrisson, vraiment ! j’espère qu’il est en bonne santé ? Comment vont ses petites entrailles ? — Comme un charme, je, vous assure, » répondait mistress Judith. Et on pense bien qu’elle n’avait garde de repousser les sollicitations d’un aussi gracieux et aussi galant candidat [1].

Il ne faut pas trop s’étonner de la piquante originalité que présentent quelques-unes de ces railleries politiques jetées au vent des carrefours. Plus d’une fois, grace à l’incognito qui couvre le truchement des marionnettes, il s’est trouvé en Angleterre de jeunes hommes à la parole exubérante, à l’esprit inflammable, à la verve agressive ou plaisante, qui se sont passé, sous le nom de Punch, la fantaisie de l’improvisation satirique ou bouffonne, comme chez nous, à l’Opéra, le jeune Helvétius se passa, dit-on, une ou deux fois, sous le masque du fameux Dupré, la fantaisie de la danse théâtrale [2]. Je puis citer pour exemple un homme devenu célèbre dans le barreau et dans le parlement britannique, John Curran, qui, à New-Market, sa patrie, jeune étudiant et grand amateur de puppet-shows, sollicita et obtint d’un joueur de marionnettes la permission de faire, pendant une soirée, parler et gesticuler ses pantins. La verve et l’esprit du nouvel interprète enlevèrent tous les suffrages, et la collecte fut quatre fois plus abondante qu’à l’ordinaire. Charmé de son succès, le jeune Curran continua cet exercice pendant quelques jours ; puis, remarquant avec quelle facilité il prêtait à ses petits cliens des argumens pour et contre, il entrevit sa vocation, et se lança plus tard dans le barreau. D’avocat brillant et pathétique, il devint membre du parlement d’Irlande et de la chambre des communes ; puis, en 1806, sous l’administration de Fox et de Sheridan, il fut nommé maître des rôles en Irlande et siégea dans le conseil privé [3]. Ce pourrait fort bien avoir été quelque futur et malin collègue de Francis Burdett, qui, blotti dans la coulisse d’un puppet-show, avait si finement persiflé le candidat de Westminster ?

Après avoir vu en Espagne les titeres représenter des combats de taureaux sur leurs petits théâtres, nous trouverons tout naturel que les joueurs de marionnettes anglais aient cherché à complaire au goût

  1. Punch and Judy, p. 72 et 73.
  2. Grimm, Correspondance, t. VII, p. 386, édit. de 1829. Saint-Lambert dit que ce fut sous le masque de Javillier qu’Helvétius dansa une ou deux fois à l’Opéra dans sa jeunesse.
  3. Voy. the Life of John Philpot Curran, by his son, W. H. Curran, 2 vol, in-12.>