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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/822

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le plus de chances de périr de mort violente, et dressant la liste des derniers accidens de ce genre, place en tête de ce nécrologe fantastique « Lysandre étouffé aux marionnettes. »

Quelles étaient ces si dangereuses et si attractives marionnettes ? Probablement celles que M. Powell avait logées sous les galeries de Covent-Garden. En 1713, cette petite salle portait le nom de Punch’s Theatre. Ce renseignement nous est fourni par le titre d’une pièce ainsi conçu : Venus and Adonis, or the Triumphs of love, by Martin Powell ; a mock opera, acted in Punch’s Theatre in Covent-Garden ; 1713, in-8°. Ce Martin Powell était-il notre fameux directeur, le favori de Steele et d’Addison ? Je le crois, sans pouvoir l’affirmer. Les admirateurs de cet artiste prétendent qu’il fabriquait tous ses acteurs et composait lui-même presque toutes ses pièces ; mais ils ne nous apprennent pas qu’il en eût fait imprimer aucune. L’auteur de Punch and Judy affirme même qu’il les improvisait [1] ; cependant il y avait dans plusieurs d’entre elles des vers et des ariettes qui étaient certainement écrits, et qui ont pu être imprimés. Il est assez surprenant que ni Steele, ni Addison, ni Swift, qui ont si souvent parlé de M. Powell, ne nous aient pas fait connaître son prénom. Une seule fois, Addison, pour le distinguer de George Powell, le célèbre tragédien, qu’il proposait par raillerie de faire jouer dans une même pièce avec les petits acteurs de notre Powell, appelle celui-ci Powell junior [2]. Il parut en 1715 un piquant pamphlet qu’on attribue à M. Thomas Burnet, intitulé a Second Tale of a tub, or the history of Robert Powell, the puppet-showman ; dedicated to the earl of Oxford. Ce titre semble lever tous les doutes et prouver que le prénom de M. Powell était Robert ; mais il faut prendre garde. Le second Conte du tonneau est une satire fort maligne, dirigée contre Robert Walpole [3]. L’allégorie commence, avec le titre, par l’attribution facétieuse faite à M. Powell du prénom qui appartenait à l’homme d’état. La gravure du frontispice représente le ministre, en habit de cour, tenant à la main la baguette de M. Powell, la fameuse baguette garnie d’argent de l’interpreter. Dans le fond, sur un petit théâtre qu’éclairent des flambeaux à pieds, paraissent deux marionnettes en scène, Punch et sa femme [4]. M. Thomas Wright, dans son histoire de la maison de Hanovre, illustrée par les caricatures et les pamphlets, a reproduit la figure grotesque du ministre-jongleur ;

  1. Punch and Judy, p. 39 et 40.
  2. The Spectator, n° 31.
  3. Le comte d’Oxford était alors placé à la tête du cabinet, dont Robert Walpole était le membre le plus influent. Walpole porta aussi le titre de comte d’Oxford, mais beaucoup plus tard, et seulement à sa sortie des affaires.
  4. Cette description nous est fournie par l’éditeur de Punch and Judy, qui parait avoir eu ce curieux ouvrage sous les yeux. Voyez p. 39 et 40.