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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/794

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blanc qu’on faisait sortir d’un trou pratiqué au milieu de la voûte de la grande nef [1]. De semblables spectacles avaient lieu aussi dans les provinces. À Witney, grande paroisse du comté d’Oxford, le clergé représentait la résurrection de Notre-Seigneur au moyen de statuettes à ressorts qui figuraient au vif Jésus, Marie, les gardes du tombeau et les autres acteurs de ce drame sacré [2] ; mais, depuis l’invasion du protestantisme, tous les rites dramatiques et jusqu’à la musique instrumentale furent bannis des églises, afin de n’accorder aux sens que le moins possible. En effet, il y a toujours eu, comme je l’ai dit, dans la société chrétienne, deux écoles profondément divisées sur le degré d’influence qu’il convient d’accorder aux beaux-arts dans la célébration des rites. Toutes les sectes protestantes sont comme des rameaux issus de la plus austère et de la plus restrictive de ces deux écoles, et elles ont encore enchéri sur sa rigidité et sa sécheresse. Anglicans, luthériens, presbytériens, ont travaillé à l’envi, dans la mesure de leur rigorisme, à abolir ce que le catholicisme avait introduit ou toléré de cérémonies touchantes et sensibles dans les offices. Quoique l’église anglicane ait conservé dans son rituel beaucoup plus de l’ancienne liturgie qu’aucune autre communion dissidente, elle a pourtant, sous la pression du puritanisme, repoussé des temples toutes les pratiques figuratives que Knox, Cameron et leurs disciples qualifiaient bien injustement de momeries papistes (papistical mummeries). Je dis bien injustement, car celles de ces pratiques qui pouvaient détourner l’esprit des méditations pieuses émanaient des goûts grossiers de la foule et du bas clergé, contrairement aux défenses réitérées des évêques, des conciles et des papes. On a peine à concevoir que les membres les plus éclairés de l’église anglicane aient partagé, sur cette question, tous les préjugés populaires. Le spirituel doyen de Saint-Patrice, Swift lui-même, dans le Conte du tonneau [3], attribue à lord Peter (c’est le sobriquet irrespectueux qu’il donne au pape) l’invention des marionnettes et des illusions d’optique (original author of puppets and raree-shows). Le crayon du célèbre Hogarth a commenté ce beau texte dans une gravure intitulée Enthusiasm delineated, où l’on voit un jésuite en chaire, dont la soutane entr’ouverte laisse percer un bout d’habit d’arlequin. De chaque main, le fougueux prédicateur agite une marionnette : de la droite, le Père éternel, d’après Raphaël ; de la gauche, Satan, d’après Rubens. Autour des parois de la chaire pendent six autres marionnettes de rechange, savoir, Adam et Ève, saint Pierre et saint Paul, Moïse et Aaron [4]. Poussés par la fureur des nouveaux iconoclastes,

  1. Lambarde, Perambulation of Kent.
  2. Id., An alphabetical description of the chief places in England, p. 459.
  3. The Tale of a tub. Outre leur sens littéral, ces mots ont encore le sens de conte bleu.
  4. voyez, au département des estampes de la Bibliothèque nationale, Hogarth illustrated by John Ireland, t. III, p. 233, et les deux volumes de l’œuvre de Hogarth, grand in-folio. La planche dont je parle est une altération de celle qui est intitulée a Medley.