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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/78

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de rappeler ; il y a surtout quelques traits propres à la nature du pays, au caractère des habitans, qu’il faut indiquer pour mieux faire comprendre les difficultés : toutes spéciales, d’une guerre dans les Ziban, et la position nouvelle que l’expédition de. 1849 crée à la France sur la lignite du désert.

Du haut de la mosquée de Biskara, on peut déjà se familiariser avec la nature saharienne, on a sous les yeux un pays tout différent de celui qu’on a parcouru depuis Constantine. Derrière soi, vers le nord, on aperçoit bien encore les dernières ramifications des montagnes du Tell ; mais au sud, à l’est, à l’ouest, le regard se perd sur un horizon sans fin. De ces trois côtés, on ne découvre au loin qu’une mer de sables où quelques teintes vertes, mêlées aux teintes rougeâtres qui dominent indiquent seules la présence des oasis. L’oasis de Zaatcha est à sept lieues vers l’ouest, cachée par un pli de terrain. Tous ces îlots de terre cultivable, disséminés sur un sol aride et qui n’apparaissent de : loin que comme des taches de verdure, sont autant de petits districts, comprenant dans leurs limites plus ou moins étroites des villes ou des villages fortifiés. Qui a vu un de ces centres de population, les connaît tous. Partout on y retrouve des forêts de palmiers qu’arrosent des rigoles combinées avec beaucoup d’art, et où se réunissent les eaux, soit d’une rivière voisine de l’oasis, soit de sources naturelles et jaillissantes. Au milieu de ces forêts où l’on ne pénètre que par de rares sentiers, des espaces plus ou moins étendus sont occupés par des villages, par des villes même, dont les habitations sont construites ordinairement en briques cuites au soleil. Ces bourgades, quelle que soit leur importance, sont désignées dans la langue du pays sous la dénomination générale de ksours. Plusieurs de ces ksours ont une muraille d’enceinte, protégée par un fossé plein d’eau et qu’entourent un grand nombre de jardins fermés de murs.

Le pays qui sépare ces oasis est d’une affreuse aridité ; c’est le désert dans toute sa tristesse En avançant toujours vers le sud, on arrive à une partie du Sahara où l’eau est très rare, et qui n’a jamais été visitée par nos colonnes, mais qui relève entièrement de notre autorité : Tuggurt, l’oasis la plus considérable de cette zone, située à quatre-vingts lieues de Biskara ; obéit à un chef qui paie tribut à la France et entretient avec nous d’excellentes relations. La région du Sahara soumise directement à la France, la seule, dont nous ayons à nous occuper ici, est administrée par le bureau arabe de Biskara, composé de deux officiers et d’un interprète. Il est difficile de trouver un système d’administration plus simple et moins coûteux. Le bureau arabe de Biskara, aidé par une petite garnison française ; suffit cependant à sa tâche, qui comprend, avec l’administration de tous les Ziban, la perception de