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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/772

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qui est frappée au coin du sultan de Constantinople. Cet homme lui répondit ! « Dieu a voulu que les chrétiens apprissent à fabriquer la monnaie, parce qu’elle est maudite, bien qu’on en fasse usage en ce monde. Les musulmans souffrent le contact de cette chose abominable, mais ils ne se souillent pas en la fabriquant. Dans l’autre monde, les musulmans jouiront sans argent de toutes les félicites possibles ; mais les chrétiens auront un ruisseau d’argent et d’or fondus et bouillans qui leur sera versé continuellement dans la gorge, et qui fera leur tourment pour l’éternité. »

Le docteur Richardson n’a pas voulu jouir long-temps du repos auquel il avait droit après une exploration si fatigante ; il est reparti pour le désert avec cette ardeur patriotique qui fait braver aux Anglais tant de privations et tant de périls, en pleine paix, pour la grandeur et la prospérité de la Grande-Bretagne. . Nous serions toutefois injuste envers notre pays si, en rendant hommage au dévouement d’un voyageur étranger, nous ne signalions pas les efforts courageux de plusieurs de nos compatriotes qui, dans le cours des dernières années, ont essayé de porter le drapeau de la civilisation dans l’intérieur de l’Afrique. Les principaux sont MM. Auguste Bouet, lieutenant de vaisseau ; Raffenel, commissaire de la marine ; Hecquart, lieutenant de spahis ; Léopold Panet, du Sénégal. Ces voyageurs ont montré tous un zèle pareil, quoique leurs tentatives aient eu des résultats différens. On doit les découvertes les plus intéressantes à M. Auguste Bouet, frère du capitaine de vaisseau qui a porté long-temps avec une très grande habileté et beaucoup de succès le pavillon français sur la côte d’Afrique. En fait de dévouemens individuels, la France n’est laissée en arrière par aucune nation du globe. Le gouvernement, de son côté, n’a cessé d’encourager, dans les limites d’un budget fort restreint, les entreprises sérieuses des voyageurs qui offrent les garanties nécessaires d’instruction et de fermeté ; mais ce qui manque à nos explorations, c’est la popularité, c’est cette faveur de l’opinion publique qui est le mobile et la récompense du courage. Ce qui soutient l’énergie des voyageurs anglais au milieu des périls incessans de longues explorations, c’est la pensée que leur pays a les yeux fixés sur leur noble entreprise et qu’il y prend un vif intérêt. L’explorateur français n’a pas l’appui de sympathies aussi ardentes, aussi générales ; il n’est consolé des privations et des souffrances que par le sentiment du devoir accompli.

L’indifférence de nos compatriotes pour tout ce qui sort du cercle ordinaire de leurs relations commerciales est un fait malheureux, mais incontestable. Comment expliquer cette indifférence, surtout quand il s’agit de l’Afrique ? N’avons-nous pas un grand empire à fonder au nord de ce continent ? A l’ouest, n’avons-nous pas des établissemens où le commerce naissant n’a besoin que d’une impulsion un peu généreuse pour prendre des développemens considérables ? Sur la côte orientale, les populations africaines semblent aussi faire appel à. notre activité. Cependant l’esprit d’entreprise manque à notre commerce ; il n’aime à rien hasarder, et ses spéculations, faites le plus possible à coup sûr, sont généralement mesquines. Proposez à une maison de commerce une opération nouvelle, dans un pays non encore exploité, et vous la verrez, pleine d’effroi, refuser de se lancer dans ce qu’elle appellera une aventure. Cependant, si vous n’aventurez rien, comment voulez-vous n’être pas primés par