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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/750

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dépouillée et chassée de ses bois et de ses prairies. Il y a d’ailleurs dans ce volume peu de pièces empruntées à des sujets historiques, peu de noms propres ; quelques pages en l’honneur de Washington et de Napoléon, voilà tout. Le reste se compose de rêveries, de fantaisies, d’élégies, et n’exprime aucun sentiment véritablement distinct et précis.

Qu’importe cependant la faiblesse relative de ces poésies ? Élevons-nous vers des sphères plus hautes que la sphère purement littéraire. Le caractère moral et les vertus que laissent supposer ces poésies sont supérieurs à ces poésies mêmes. Qui peut dire, en effet, le bien qu’ont pu faire ces vagues et musicales rêveries et ces innocens caprices ? Ces vers ont été composés au sein du calme le plus complet, auprès du foyer domestique, à côté des parens, des amis de la famille voilà leur vrai public, le public qui les a admirés, qui en a extrait sans effort ce qu’ils contiennent de bon et de noble. Probablement bien des chastes tendresses se sont mirées dans ces petites sources claires et sans limon, bien des oreilles ont été réjouies par ces harmonies ; plus d’un marchand, sans doute fatigué du travail de la journée, a pu, en écoutant les vers de sa fille ou de sa femme, apercevoir quelques rayons des choses idéales, et rêver sur des beautés dont il n’avait eu jusqu’alors qu’un faible sentiment. Dans ce pays de l’utile, bien des germes poétiques ont pu ainsi prendre racine, bien des ames grossières ont pu être entamées ; peu importe donc que ces poésies soient originales ou non : elles ont eu leur effet utile, elles ont rendu leur service, elles aussi, et c’est pourquoi, au lieu d’âpres critiques, nous adresserons à toutes ces femmes poètes des remerciemens pour tous les germes de piété, de vertu et de noblesse qu’elles ont semés dans leur pays. Sans grand fracas, sans prétentions humanitaires, elles ont rempli, elles aussi sans doute, leur mission civilisatrice.


EMILE MONTEGUT.