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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/683

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guerres avec la Russie lui ont fait perdre presque toutes ses possessions arméniennes, qui aujourd’hui se bornent à un petit territoire compris entre l’Araxe, les montagnes à l’est de Van et le lac d’Ourmyah ; mais elle a, comme la Turquie, quelques milliers d’Arméniens répandus dans ses diverses provinces et mêlés à son peuple. On en compte environ vingt-cinq mille. De son côté, la Russie, par ses envahissemens, s’est fait récemment une belle part dans le partage de l’Arménie, en arrachant à la Perse, par les armes d’abord, par un traité ensuite, les provinces d’Erivan et de Nakchivan ; elle possède aujourd’hui toute la partie de l’antique territoire compris entre le cours de l’Araxe et celui du Kour. Pour compléter cette nouvelle conquête, les Russes, dans leur campagne de 1827-1829, ont enlevé, sur beaucoup de points, dans plusieurs villes turques mêmes, des populations entières d’Arméniens qu’ils ont portées au-delà de l’Araxe et transplantées sur le sol nouvellement conquis.

Indépendamment de l’idée d’agrandissement territorial, la politique russe a voulu avoir sur toute la nation arménienne et sur ses groupes épars, que la foi seule peut rapprocher, une influence religieuse. Pour y arriver, la Russie a compris qu’il lui fallait chez elle le siège du patriarcat, le trône pontifical de saint Grégoire, devenu celui des schismatiques. Par ce moyen, elle pouvait tenir elle-même le bâton pastoral au moyen duquel elle devait conduire le troupeau dispersé. C’est à cette grande raison politique qu’il faut attribuer la prise, par le général Paskewitch, de la ville d’Erivan, près de laquelle se trouve le monastère d’Etchmiazin.

La Russie était trop habile pour se tromper dans ses prévisions. En effet, ce que la force et la persuasion n’avaient pu faire pour arracher au sol natal les Arméniens voisins de la nouvelle frontière russe, la dévotion le fit, et le patriarche, devenu sujet du czar, vit bientôt se grouper autour de sa résidence un nombre considérable d’émigrés. Parmi eux se trouvèrent des catholiques. Se faisant illusion sur l’appui et la bienveillance qu’ils pensaient trouver dans un empire chrétien plutôt que chez les Turcs ou les Persans, ils passèrent l’Araxe ; mais le gouvernement russe, naturellement porté vers les schismatiques et croyant avoir une action plus facile sur eux que sur les orthodoxes, emploie tous les moyens en son pouvoir pour faire abjurer ceux-ci. Indépendamment des vexations de tout genre qui sont mises en œuvre pour les dégoûter de leur persévérance dans leur réunion à l’église romaine, les autorités russes poussent la rigueur jusqu’à les priver de prêtres et à interdire leur territoire aux missionnaires catholiques. Quelques conversions ont été le résultat de ces violences, et ces populations abandonnées, sans ministres de leur religion, sans soutiens de leur foi, doivent infailliblement faiblir, en grossissant le nombre