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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/656

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CHOEUR DE VIEILLARDS ET CHOEUR DE FEMMES QUI S’INJURIENT.

Il ne s’agit plus de festin et de sommeil ; vous tous hommes libres, disposez-vous pour le combat. Voilà des femmes, ennemies des dieux, qui veulent s’emparer de nos trésors et de la république. N’est-il pas indigne qu’elles osent donner des ordres aux citoyens, parler de boucliers d’airain et discuter avec nous de la paix et de la guerre ? Oui, tout ce qu’elles trament tend à la tyrannie ; mais, grace aux dieux, nous avons passé l’âge où elles.peuvent être à craindre pour les hommes, et nous saurons les mettre à la raison. Tissez votre toile, filez votre laine, citoyennes, et laissez les hommes maîtres de la place publique.

(Le chœur des vieillards se précipite sur celui des femmes et le met en fuite ; mais à peine les femmes sont-elles chassées, que le bon Populus se lamente d’avoir perdu Lysistrata. Il sort désespéré pour la chercher. Les portes s’ouvrent. On voit dans le fond la ville d’Athènes.)

LE CHOEUR.

Belle et brillante Athènes, au front couronné de fleurs, habitée par un peuple illustre, montre-nous le maître de ce pas et de la Grèce entière. (On porte en triomphe Populus, une couronne sur la tête.) Le voilà dans tout l’éclat de sa jeunesse, vêtu de la cuirasse qu’il portait à Marathon, parfumé de myrte, ami de la paix et des arts et dégoûté des factions. Salut, souverain de la Grèce, reçois nos félicitations. Enfin la raison t’est revenue, tu ne seras plus la dupe des flatteurs et des ambitieux !

LE POÈTE AUX SPECTATEURS.

Le poète n’a pas encore fait son éloge ; mais, puisque les ennemis de la Grèce le calomnient auprès de vous, puisqu’on l’accuse de jouer la république et d’insulter le peuple, il parlera de lui, ô volages Athéniens ! Il prétend avoir bien mérité de vous, s’il vous a appris à vous défier de la flatterie et des flatteurs. Maintenant, quand les candidats commenceront leur harangue par vous appeler « nobles guerriers couronnés de lauriers ! » vous ne tressaillerez plus sur vos sièges ; si d’autres vous disent : « O grande nation ! » vos oreilles charmées ne s’ouvriront pas et ne se fermeront pas comme un parasol. Tenez, tous ces tribuns vous assaisonnent avec de douces paroles comme des anchois avec de l’huile ; défiez-vous de leur malice, ils ne veulent que sédition et troubles : les pêcheurs d’anguilles, quand le temps est calme, ne prennent rien ; niais, quand ils ont agité la vase, la pêche est bonne. Donc, si le poète vous a détrompés, s’il vous a montré à l’œil les vices de la tyrannie démocratique, applaudissez, Athéniens ! — Que les sages me jugent sur ce que j’ai dit de sage, les rieurs sur ce qui les a fait rire. Les nations voisines elles-mêmes ont été curieuses de voir le poète courageux qui vous a fait entendre la vérité, et le grand roi a déclaré à vos ambassadeurs que le peuple qui suivrait de si sages conseils, ou serait heureux par la paix ou victorieux dans les combats.


E. DE LANGSDORFF.