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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/654

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CLÉON, à part.

Irai-je donc livrer tout ce qui m’appartient ? Il faudrait être un pauvre homme et avoir perdu le sens ; non, je ne livrerai pas follement et sans raison le fruit de mes sueurs et de mes épargnes… Eh ! cher voisin, que signifient ces meubles, ce déménagement ? vas-tu loger ailleurs, ou mettre tes meubles en gage ?

POPULUS.

Point du tout ; je vais les déposer sur la place publique, conformément au décret.

CLÉ ON.

Tu vas les déposer ? Par Jupiter, tu es un pauvre homme !

POPULUS.

Eh quoi ! ne dois-je pas obéir aux lois ? Tu ne songes donc pas à donner ce qui t’appartient ?

CLÉON.

Je m’en garderai bien ; je veux voir comment feront les autres.

POPULUS.

Que peuvent-ils faire que livrer leurs biens ? On ne parle que de cela dans les rues.

CLÉON

On en parlera long-temps encore.

POPULUS.

Chacun dit qu’il va porter son argent au trésor.

CLÉON.

Laisse-les dire.

POPULUS.

Tu m’assommes de ne vouloir rien croire.

CLÉON.

Crois-tu qu’un citoyen sensé aille donner son bien ? Cela n’est pas de notre temps ; il aimera mieux prendre celui des autres.

POPULUS.

Tu es un mauvais citoyen, et je te dénoncerai à l’assemblée.

CLÉON.

Quelle folie ! ne pas attendre ce que feront les autres ! et alors même…

POPULUS.

Eh bien !

CLÉON

Attendre et différer encore. Je connais les Athéniens, ils sont prompts à voter les décrets ; mais, une fois rendus, personne ne les exécute.

POPULUS

Par Neptune ! si tu me retardes encore, je ne trouverai plus de place où déposer tout cela.(Il fait emporter ses meubles par des esclaves.)

UN HÉRAUT.

Citoyens, la nouvelle république commence par un banquet fraternel. Hâtez-vous de prendre chacun la place que le sort vous a assignée : les tables sont prêtes, la cuisine est excellente ; les lits sont ornés de guirlandes et de tapis ;