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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/653

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LYSISTRATA.

Les esclaves [1], et tu n’auras autre chose à faire que d’aller manger selon tes besoins.

POPULUS.

Et les procès ? Par exemple, si on nie une dette, ou qu’on ne paie pas d’intérêt ?

LYSISTRATA.

Imbécile ! il n’y aura pas de dette dans ma république. Si tout est en commun, où le prêteur prendra-t-il de l’argent pour le prêter ? Et puis l’intérêt, quel animal est-ce que cela ?

POPULUS.

Comment ! c’est l’argent qui s’accroît sans cesse, chaque mois et chaque jour, à mesure que le temps s’écoule.

LYSISTRATA.

Pauvre sot ! crois-tu que la mer soit maintenant plus grande qu’autrefois ?

POPULUS

Que veux-tu dire ? Non, elle est toujours la même ; il ne serait pas bon même qu’elle s’accrût.

LYSISTRATA.

Comment, misérable ! la mer ne grossit pas malgré les fleuves qui s’y jettent, et tu prétends que ton argent augmente tous les jours. Ne parle plus de l’intérêt, nous l’abolissons [2]. Plus de voleurs ! que volerait-on, puisqu’on aura sa part de toutes choses ? Et si l’on vous dépouillait, vous céderiez vos habits de bonne grace, car vous en recevriez de meilleurs sur le fonds commun. La ville sera une seule maison, la cité une seule famille ; les portiques serviront de salle à manger pour tous les citoyens ; chacun aura de tout en abondance et se retirera ivre-mort, un flambeau à la main et sa couronne sur la tête.

POPULUS.

Par Apollon ! tout cela me convient fort.

(La nouvelle constitution est proclamée et acclamée sur la place publique. Populus et Cléon se rencontrent. Le premier met tous ses meubles et ustensiles en ordre et les charge sur une charrette pour les porter aux magasins de la république ; le second le regarde faire avec étonnement.)

POPULUS.

Je vais tout préparer pour porter mes meubles sur la place publique et faire l’inventaire de mes richesses.

  1. Au moins à Athènes le socialisme avait-il cette réponse à faire à ceux qui démontraient son impossibilité.
  2. Dans le projet de constitution déjà cité, il y a une démonstration aussi victorieuse que celle de Lysistrata, non-seulement contre la légitimité de l’intérêt, mais contre celui du prêt ; elle est curieuse : « La justice ne connaît pas les prêts pécuniaires. Le prêteur pécuniaire est ou plus riche ou moins riche que celui à qui il prête : s’il est plus riche, le prêt n’est qu’une dette sacrée qu’il a acquittée ; s’il est moins riche, son prêt n’est point présumable ; ce serait alors un don, et il est impossible de donner et de retenir à la fois. n Le journaliste remarque que cette constitution contient d’excellentes choses, surtout dans la partie morale.