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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/627

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CARONDAS (D’ALEMBERT)

Tout devient donc permis ?

VALÈRE (HELVÉTIUS)

Excepté contre nous et contre nos amis.

Comment sur des rochers on plaçait la vertu !
Y grimpait qui pouvait ! l’homme était méconnu ;

Mais enfin nous savons quel est son vrai moteur,
L’homme est toujours conduit par l’attrait du bonheur,
C’est dans ses passions qu’il en trouve la source.
Ce pouvoir inconnu, ce principe caché
N’a pu se dérober à la philosophie,
Et la morale enfin est soumise au génie !
Du globe où nous vivons, despote universel,
Il n’est qu’un seul ressort, l’intérêt personnel !

CARONDAS

Quoi, monsieur, l’intérêt doit seul être écouté ?

VALÈRE

La nature en a fait une nécessité.

CARONDAS

J’avais quelque regret de tromper Cydalise,
Mais je vois clairement que la chose est permise.

VALÈRE

La fortune t’appelle, il faut la prendre au mot !

CARONDAS

Oui, monsieur.

VALÈRE

La franchise est la vertu d’un sot.

CARONDAS, se disposant à lui voler sa tabatière

Oui, monsieur… mais toujours je sens quelque scrupule
Qui voudrait m’arrêter.

VALÈRE

Préjugé ridicule
Dont il faut s’affranchir !

CARONDAS

Quoi, véritablement ?

VALÈRE

Il s’agit d’être heureux ; il n’importe comment !

CARONDAS

Tout de bon ?

VALÈRE

Mais sans doute…
Bien voir ses intérêts, c’est être de bon sens ;
Le superflu des sots est notre patrimoine :