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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/617

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LA


COMEDIE POLITIQUE


A ATHENES ET A PARIS.




Le bonheur des peuples ne se mesure pas à leurs plaisirs. Il en est des nations comme des individus : les plaisirs sont la consolation de ceux qui ne connaissent pas le bonheur ; c’est la petite monnaie de la joie, un remède contre l’ennui dont on souffre à l’époque des grands désabusemens. Personne n’imagine sans doute qu’il y ait plus de bonheur en un soir, sur les boulevards de Paris, où s’ouvrent pour la foule vingt théâtres, que dans quelque paisible village, enseveli à ces premières heures de la nuit dans le repos et le sommeil. C’est une vérité dont les hommes politiques devraient plus encore se préoccuper que le moraliste ou le poète. Les peuples s’agitent et se tourmentent, comme un malade sur sa couche, à la poursuite douloureuse de biens impossibles. Pour guérir ce mal, il n’est que deux remèdes : la règle dans les désirs ou la satisfaction complète de ces désirs ; le premier dépend de nous, l’autre a été placé hors des conditions de l’humanité.

Plus l’humanité a obtenu jusqu’ici de la civilisation, plus elle lui a demandé : c’est la soif de l’hydropique. On a fait de nos jours une confusion déplorable entre les jouissances matérielles, le bien-être du peuple, ses amusemens mêmes et son bonheur ; on a cru qu’en dehors de la règle morale il y aurait assez de biens dans le monde matériel, assez de jouissances dans le développement de l’industrie et des arts pour satisfaire l’homme, — tous les hommes. Avec quelle généreuse