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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/615

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déjà la question s’élève) si les mêmes législateurs qui proclamaient ce principe en termes si formels ont eu le droit d’en suspendre immédiatement l’application en soumettant l’acte par excellence de la souveraineté populaire au bon vouloir d’une minorité. Il serait permis de se demander si l’article qui exige pour la révision de la constitution le concours des trois quarts d’une assemblée délibérante, qui permet par conséquent à une minorité d’un quart d’arrêter le vœu populaire, n’est pas absolument dérogatoire au principe absolu de la souveraineté des majorités, et si, la contradiction existant entre le principe et les conséquences, ce n’est pas le principe qui doit l’emporter. Mais nous aimons mieux, sans poser par avance ces questions toujours épineuses d’interprétation légale, envisager de sang-froid quelle sera la situation de la minorité de l’assemblée s’opposant, au nom d’un article inconséquent de la constitution, à ce qu’un appel soit adressé par la majorité de l’assemblée à la majorité du pays.

Cette minorité sera républicaine par essence ; elle se prétendra même, et c’est une prétention qui ne lui sera pas contestée, la seule partie de l’assemblée cordialement républicaine. Les mots de souveraineté du peuple, de suffrage universel, d’égalité absolue, s’échapperont à tout instant de sa bouche, et, après ces protestations éloquentes, elle conclura de cette manière : — La majorité du peuple, légalement représentée par la majorité de ses élus, demande à changer les formes du gouvernement sous lequel elle vit. Cela ne se fera pas, parce qu’à nous minorité, représentans d’une minorité, cela ne convient pas. Cela ne se fera ni demain, ni aujourd’hui, ni l’an prochain, ni dans dix ans, tant qu’il y aura dans une assemblée quelconque cent cinquante d’entre nous pour s’y opposer. Vous alléguez vos souffrances, vos intérêts qui languissent, la misère qui vous gagne, la patrie qui, s’affaissant avec l’autorité qui la représente, descend de son rang élevé dans le monde. Un cri s’élève du sein du commerce ruiné et des entrailles appauvries de la terre. Que nous fait ce cri ? Nous ne l’entendons pas. Nous voulons rester législateurs six mois de plus, pour atteindre en paix le terme de notre mandat. La constitution nous accommode : que le pays la subisse et s’en tire comme il pourra !

Puis la minorité ajoutera, en se tournant vers la majorité : Vous avez fait une loi électorale ; cette loi est parfaitement conforme aux termes exprès de la constitution, elle est revêtue de toutes les sanctions légales ; mais cette loi ne nous convient pas. Sachez bien que nous n’avons nulle intention de l’observer et que nous passons nos troupes en revue pour la renverser à jour fixe par la force. Ainsi, d’une part, résignez-vous à respecter la constitution dans ses rigueurs les plus extrêmes, mais préparez-vous à nous voir violer les lois les plus formellement