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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/610

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Si ces considérations sont vraies, leur conséquence est nécessaire ; si la constitution est l’ennemie commune du parti de l’ordre, l’œuvre commune du parti de l’ordre, c’est la réforme de la constitution. C’est à écarter des complications qui perdent le pouvoir d’abord et la société ensuite que son action commune doit s’appliquer. On dit qu’il est impossible de faire une constitution qui satisfasse toutes les nuances de la majorité du pays : est-il nécessaire pour cela d’en maintenir une qui les mécontente toutes également ? Parce qu’on désespère d’insérer dans une constitution nouvelle tout le bien qu’on peut rêver, est-il nécessaire de subir dans la constitution actuelle tout le mal qu’on peut craindre ? On dit que la situation présente des partis ne contient pas la solution définitive de tous les problèmes politiques qu’une constitution pose ; mais, si la constitution actuelle contenait la ruine définitive de tous les intérêts qui fondent une société, aimerait-on mieux périr définitivement que se sauver provisoirement ? Ce serait pousser loin la haine du provisoire et le goût des solutions franches. Pour ma part, la hardiesse de certains dilemmes m’effraie ; j’avoue que, quand le socialisme est l’un des deux termes, je n’ai jamais assez d’intermédiaires. Il en est, j’imagine, des nations comme des hommes : c’est toujours au fond d’une question de temps qu’on dispute ; toute guérison est temporaire, mais la mort est irrémédiable.

Nous sommes intimement persuadé que si l’assemblée actuelle, par exemple, avec toutes les divisions qu’elle renferme, avait eu les mains libres pour travailler à l’œuvre de la constitution, elle en serait venue à son honneur. Il ne lui aurait pas fallu beaucoup d’efforts pour faire quelque chose d’infiniment plus sensé, plus social, plus honorable pour la raison d’un peuple que l’ébauche informe de 1848. Je suis persuadé qu’il ne se serait trouvé dans aucune nuance du parti modéré non-seulement aucune voix pour proposer, mais même aucun cerveau pour imaginer quelque chose d’aussi absurde que l’antagonisme de deux pouvoirs issus de la même origine, renfermés dans le même cercle de fer, et élevés sur deux piédestaux parallèles comme pour se mesurer de l’œil et se provoquer du geste. Je suis convaincu qu’il ne serait passé par l’esprit d’aucun membre du parti modéré d’imposer au chef du pouvoir exécutif un véritable supplice de Tantale, en lui donnant tout l’éclat des prérogatives royales, et lui en refusant en même temps la durée et la jouissance. Quelque déplorables que soient les divisions du parti de l’ordre, il est pourtant des principes de gouvernement qui sont communs à tous ses membres. Le bon sens qui leur est à tous échu en partage, l’expérience des affaires qu’ils ont tous acquise sous des régimes différens, ont mis parmi eux de certaines règles politiques au-dessus de toute contestation sérieuse. Il règne dans leurs rangs un esprit