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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/609

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puissant d’une action commune, cette conduite est-elle épuisée et ne peut-elle pas être reprise ? Autrement, n’y a-t-il plus que des questions de dynastie, de république et de monarchie, de politique proprement dite à résoudre en France ? Le parti de l’ordre n’a-t-il plus d’ennemis communs à combattre ? N’a-t-il plus de réformes communes à faire prévaloir sur les idées anarchiques ? Le terrain est-il déblayé à ce point que les divers partis politiques n’aient plus qu’à se le disputer librement ? Le bon sens public répondra pour nous. Les questions de politique proprement dite sont aux yeux du public aujourd’hui, comme il y a trois ans, des questions secondaires. Les ennemis communs du parti de l’ordre lui paraissent aussi menaçans que jamais. Les idées anarchiques comptent un tiers des représentans dans l’assemblée : elles sont inscrites dans presque toutes les institutions républicaines de 1848. À ce point de vue, nous dirions volontiers que c’est précisément la constitution de 1848 qui est la commune ennemie du parti de l’ordre ; mais nous nous hâtons d’expliquer cette parole. La constitution de 4848 n’a été ni une œuvre libre ni une affaire de choix pour beaucoup de ceux qui l’ont votée. Le jour où elle a été faite, elle a été comme une planche de salut, où la société a pu sauver ses principes fondamentaux dans le naufrage de toute institution régulière. Elle a consacré la famille, la propriété, la liberté de la conscience et du travail : c’était beaucoup faire pour une assemblée qui comptait dans son sein M. Louis Blanc et M. Proudhon, cependant il faut convenir que, tout en consacrant ces grands principes, elle les a très mal protégés. Elle a condamné la révolution, mais elle a tout fait pour l’encourager. Elle a mis dans tous les ressorts du pouvoir tant de complications à la fois et de faiblesses, que la machine est presque impossible à gouverner sur la mer orageuse où nous sommes, et fait eau de toutes parts. Nous en appellerions volontiers au souvenir de tous les hommes politiques qui ont siégé dans l’assemblée depuis deux ans : y a-t-il une des difficultés qui ont paralysé l’action du pouvoir, — soit l’indécision de la situation réciproque du président et de ses ministres, soit l’agitation fiévreuse produite par une assemblée permanente, obligée toujours et de s’occuper elle-même et d’occuper l’attention publique, — y a-t-il une de ces questions, qui nous ont fait perdre le fruit de trois années de repos, dont il ne faille faire honneur aux bizarreries de la constitution ? Aussi voyez la singularité du résultat : la constitution, dans son préambule, condamne toutes les doctrines socialistes avec une netteté sans réplique ; la constitution n’est chère en France qu’aux socialistes de toutes les couleurs : elle n’est invoquée que par ceux-là même qu’elle flétrit. Oeuvre étrange et contradictoire, qui, en donnant toute raison aux amis de la société, a mis toute la force du côté de ses ennemis !