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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/591

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succursale à Lisbonne ; mais on voit, rien qu’au début même du mouvement si site arrête par l’énergique initiative de la reine dona Maria et du roi Ferdinand, que la guerre civile se serait probablement toujours faite à l’ancienne mode. Il peut sembler que ce soit une triste consolation, c’en est une pourtant de penser que par-dessus tous les maux invétérés de son régime intérieur le Portugal n’a pas encore précisément à subir le mal moderne de la propagande radicale. Ce n’est point, il est vrai, la nature du pays de se prêter beaucoup à une agitation de ce genre : le Portugal est, comme l’Espagne, plus ou moins préservé, par le caractère même de sa population, du trouble des questions sociales. Il n’y a point, jusqu’à présent, beaucoup de place pour les fureurs qu’elles soulèvent ailleurs sur cette terre de la Péninsule, où l’on vit si aisément au soleil, où le sentiment d’une égalité, primitive subsiste avec assez de force pour que la différence des conditions n’y soit point encore un sujet d’implacables jalousies. Aussi, quand il s’agit de préparer une révolution à Madrid ou à Lisbonne, on ne s’y prend pas en remuant des clubs, on travaille tout bonnement l’armée. Le peuple ne montrant point de goût ou d’aptitude pour la fabrication des barricades, il n’y a presque point d’émeute que ce ne soit une conspiration militaire. Les généraux, dans l’un et l’autre royaume péninsulaire, sont au premier rang parmi les hommes politiques : quand les autres moyens leur manquent pour arriver au pouvoir, ils trouvent très simple de prendre ceux de leur métier. Pour peu que le général qui s’est prononcé ne tombe pas tout de suite en une minorité trop visible, comme il paraît que c’est le cas du maréchal Saldanha, la guerre dure, et tout le débat politique se résout ainsi par la prise d’une forteresse ou par le succès d’une campagne. Une armée de soldats mutinés, un conseil d’officiers qu’on a entraînés avec soi dans la révolte, la lutte irrégulière qu’il faut soutenir dans le camp même du gouvernement, ne sauraient être la meilleure école pour former un homme d’état ; aussi ne faut-il- pas s’étonner qu’à bien peu d’exceptions près tous ces capitaines qui ont gagné leur importance dans les guerres intestines de la Péninsule n’en aient point fait toujours l’usage le plus patriotique. C’est ce que prouve surabondamment l’aventure du maréchal Saldanha.

Cette aventure elle-même est encore un contre-coup de la crise ministérielle qui a privé l’Espagne des vigoureuses directions du général Narvaez. Il est presque impossible qu’une émotion politique surgisse à Madrid sans réagir à Lisbonne. Ce n’est pas qu’il y ait une sympathie quelconque entre les deux peuples ; tout au contraire, ils sont, comme on sait, aussi éloignés l’un de l’autre par leurs mutuelles répulsions qu’ils sont rapprochés par les territoires ; ils affectent de ne correspondre en rien, et il faut la suprême ignorance de la jeune Europe, ou, si l’on veut, son suprême mépris des réalités ; pour rêver la future fraternité d’une république péninsulaire. Néanmoins il n’est pas à contester que le plus petit des deux états ne doive toujours à peu près graviter dans l’orbite du plus grand ; et quand l’influence des modérés l’emporte à Madrid, elle est aussitôt très puissante au palais de Las Necessidades ; l’inverse va de soi. Le général Narvaez était le véritable garant du maintien de l’ordre établi dans toute la Péninsule ; il le maintenait comme il pouvait au milieu des tracasseries et des embarras que lui suscitaient ses ennemis de cour plus encore que ses ennemis de tribune ; il gouvernait en comprimant, mais enfin il