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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/589

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leurs antécédens, les principaux promoteurs de la fusion, personne n’avait accordé à la prorogation du président une adhésion aussi catégorique que l’a été la leur, malgré sa forme conditionnelle, le jour où ils ont tendu leur autre main au parti légitimiste.

Ils ont un double désir, le désir très ardent, très expansif de rétablir en France la véritable royauté telle qu’ils la comprennent maintenant, puis en seconde ligne, et à défaut de cette satisfaction souveraine, le désir médiocre, soit, mais avoué, ce qui est bien quelque chose, de continuer tout bonnement le statu quo. Il est probable que, s’ils avaient été entièrement possédés par le plus vif de leurs deux désirs, ils n’auraient point eu tant de hâte d’inscrire, pour ainsi dire, en marge celui qui les préoccupait le moins, et il faut qu’ils aient pensé que cet article supplémentaire de leur profession de foi avait aussi son importance pour l’avoir enregistré si vite à côté de l’article capital. Ils seraient du premier ban de la légitimité ; ils ne seront qu’à l’arrière-ban du bonapartisme, mais enfin ils y seront, et ils ne détestent point qu’on le sache. Ils aimeraient mieux que le pays se sauvât par une porte que par l’autre : ils font en conscience les honneurs de la grande, ils passeront néanmoins par la petite avec tout le monde. Ils parlent cependant à merveille de la régénération héroïque qui suivrait dans un avenir quelconque la nouvelle union des familles royales : seulement, comme le temps n’est point à l’héroïsme, ils se précautionnent en conséquence et se rabattent sur des voies plus ordinaires. Si ce n’est pas pour couvrir la retraite qu’ils prêchent l’héroïsme, toujours est-il qu’ils ne se la refusent point ; on n’est jamais obligé de brûler ses vaisseaux.

Nous nous contentons d’indiquer la mauvaise apparence de cette fausse situation des fusionistes ; nous ne voudrions pas appuyer davantage. Cette situation d’ailleurs s’explique assez naturellement pour qu’il n’y ait point lieu d’y chercher d’autre mal. Nous avions dit que la fusion serait bientôt conclue entre les chefs de partis, entre les dynasties elles-mêmes, lorsqu’elle serait opérée dans l’opinion publique qu’il ne servait pas à grand’chose, de négocier entre soi la possession de ce qu’on ne tenait encore ni d’un côté ni, de l’autre, et que c’était un peu trop la vieille histoire de la peau de l’ours, pour qu’il fût très à propos de la recommencer. Qu’est-il arrivé ? Des hommes graves, des hommes éminens se sont assis autour d’un tapis vert, en s’annonçant dès l’abord qu’ils avaient la meilleure intention de s’embrasser tous. Comme ce sont des gens polis, quoiqu’ils ne pensent pas de même, ils ont évité dans l’entretien, avec beaucoup de convenance, les mots qui les auraient réciproquement blessés, réciproquement ils se sont toléré certaines formules qui n’en continuent pas moins de leur déplaire ; il a été réglé de la sorte qu’il n’y avait plus de dissidence possible entre des personne, si complaisantes, et la fusion s’est trouvé définitivement consommée. Et puis après ? Après, on n’en est pas plus avancé, puisqu’on fait pour tout chef-d’œuvre la besogne qu’il était très loisible de faire sans un si grand manége : — on attend la France. À quoi bon alors ces éclatantes résipiscences dans des ames qui n’ont pas toujours été si timorées, ces sacrifices de principes et de souvenirs, ces doctrines monarchiques qui ne relèvent une monarchie qu’aux dépens de l’autre, celle qu’on a combattue aux dépens de celle et qu’on a servie ? A quoi bon la fusion faite et parachevée dans un salon, signée et contresignée dans un journal, si l’on n’a point par devers soi l’acceptation