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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/575

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Primel a tout quitté, ses amours, sa demeure.
Et sombre, au bord des flots, il chante ses ennuis.

«Elle avait les yeux noirs, une figure blanche,
Un cœur ouvert à l’amitié :
Reviens, jeune homme errant, vers l’ame jeune et franche !…
La tourterelle fait pitié,
Quand elle a perdu sa moitié.

Le hameau verdoyant dans un creux des montagnes,
Comme un nid, dormait appuyé ;
Reviens, ô voyageur, vers tes belles campagnes.
La tourterelle fait pitié,
Quand elle a perdu sa moitié.

Tel le ramier aux bois qui le virent éclore,
Tel, plus d’un orage essuyé,
L’exilé reviendra vers tout ce qu’il adore.
La tourterelle fait pitié,
Quand elle a perdu sa moitié. »

Seul loin de votre, amie et de vôtre demeure,
Jeune homme sombre ainsi vous chantiez vos ennuis :
Heureux encor celui qui chante alors qu’il pleure,
Et, de larmes baigné, s’apaise avec ses bruits.


IV


Lettres qui furent adressées à la veuve par le journalier Primel
et la dame d’un manoir


Voilà donc séparés, et pour long-temps peut-être,
Ceux qui s’aimaient d’enfance au lieu qui les vit naître !
Mais entr’eux va, revient un discret messager,
Et du moins leurs soupirs se peuvent échanger.

Oh ! la main de Primel, au travail alourdie,
Etait lente à mener la plume et peu hardie ;
Si ferme à la charrue, au plus rude labeur,
Sur le papier luisant elle avait comme peur ;
Mais sous les mots tremblés, voyez, quelle tendresse !
— « À la belle Nola, de Corré. » — C’est l’adresse.

— « Nola, nous habitions, tout jeunes, un manoir
Que des chênes couvraient, verts comme notre espoir ;
Aromes et chansons pleuvaient des branches hautes ;