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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/572

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Secouaient tout scrupule au choc de leurs sabots.
Pourtant (le soir venu), du haut de leur barrique
Messires les sonneurs font taire leur musique.
Il faut partir. — « Cherchons, à l’heure des adieux,
Quel est son préféré : voisine, ouvrez les yeux.
Bon ! sur son alezan le beau seigneur qui l’aime
Se penche, il lui sourit, elle sourit de même…
Voisine, je vois clair, je dis : C’est celui-ci !
— Eh bien ! je vois plus clair, commère, le voici ! »

Primel, en ce moment, traversait l’aire neuve,
Mais froid, les bras croisés, sans regarder la veuve,
Qui laissa retomber sa coiffe sur son front,
Essayant de cacher sa peine et son affront.


CHANSON SUR PRIMEL.


L’ABEILLE.


Les amans dédaignés sont cruels et moqueurs ;
Au fond des bourgs pullule une race méchante ;
Riche et belle, une veuve attirait tous les cœurs,
Un jeune homme lui plaît, et voici qu’on les chante !
Les amans dédaignés sont cruels et moqueurs.

« Sur les fruits et les fleurs la mouche à miel se pose :
Amoureuse, elle va des pêches à la rose.

Le murmure léger qui dans son vol la suit,
C’est de la volupté l’irrésistible bruit.

Chaque nouveau printemps, tel j’accours ! Quelle belle
N’entend son nom chanté, dans ma chanson nouvelle ?

Une veuve aujourd’hui me possède… Nola !
Où va cette charmante, aussitôt me voilà.

J’ai délaissé les fleurs pour la pêche vermeille.
On peut dire de moi ce qu’on dit de l’abeille,

L’abeille harmonieuse et que l’amour conduit :
Elle erre sur la fleur, elle goûte du fruit. » —
Jamais l’amant heureux ne trahit ce qu’il aime ;
L’avare pour son or est moins mystérieux.