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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/503

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le gouvernement et le congrès dominicains avaient faits dans l’intervalle à la France, ce n’est qu’au bout de dix huit mois que notre gouvernement se décida à y répondre, et cette réponse, achetée par tant d’espérances et tant d’angoisses, était encore un refus, et c’est sous l’impression de cette déception plus cruelle que toutes les autres, car elle succédait à d’héroïques sacrifices ; c’est dans l’amertume de la première heure de découragement et de fierté blessée que Baez et Santana restaient assez Français de cœur pour repousser avec dédain, presque avec colère, les obsessions de l’agent des États-Unis. Pendant que M. Green, qui ne se rebutait pas pour si peu, mettait au net ses propositions confidentielles pour les renouveler officiellement, Baez adressait à l’honneur français cet appel que n’avait pas entendu l’intérêt français, et il écrivait à notre gouvernement : « Cette réponse (le refus d’annexion ou de protectorat), cette réponse que nous attendions depuis si-long temps, nous ne pouvons la considérer comme définitive en présence des événemens qui se sont passés depuis une année dans notre malheureux pays. En effet, l’Europe, foyer de la civilisation doit être souverainement convaincue que les Dominicains sont maintenant la seule digue contre la cruauté et l’envahissement de la race noire. Seuls en cette partie de la terre, nous luttons pour la civilisation en même temps que pour notre existence… Dans le monde, la politique change, mais l’humanité ne change pas. Aussi, mettant de côté la politique, mettant de côté les avantages brillans, immédiats et prouvés que la France aurait à retirer de notre annexion, je me borne, M…, à faire appel à vos sentimens d’humanité… Tout me fait espérer que cette fois vous ne resterez pas sourd à l’appel de cette nation jadis française, et qui a conservé la qualité la plus précieuse à des cœurs français, celle de résister courageusement à l’oppression… Notre république est encore bien jeune, mais elle a vieilli à l’école du malheur, et en remontant à son origine, à son érection sous le gouvernement qui vous a précédé, vous verrez facilement que nous étions fondés à compter sur la France… Notre but, nous le considérons comme sacré ; nous ne demandons que la paix, la paix qui nous rendra à la culture de notre beau pays, qui nous sauvera de la misère et du couteau des noirs. Un mot de votre gouvernement, et le pays tout entier vous appartient. Si la politique de la France s’oppose, dans les circonstances actuelles, à toute idée d’accroissement colonial, ce que je ne puis croire à l’égard d’un pays aussi bien doué que le nôtre, intervenez au moins pour nous faire avoir la paix. J’ai entre les mains des propositions qui me sont faites par un chargé affaires américain, M. Green, envoyé à Santo-Domingo avec des pleins pouvoirs ; mais, tant qu’il nous restera une lueur d’espérance, nous attendrons avec résignation. »

Et en effet, pour que les Dominicains se décident à rompre momentanément