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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/478

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Peu après l’affaire Duarte, un général noir, nommé Valon, se fit l’agent de ces intrigues. Arrêté à temps [1] il fut mis en jugement et fusillé. Vers la fin de 1847, c’est au sein même du gouvernement dominicain que la conspiration haïtienne pénétra. Elle avait pour chef le ministre même de l’intérieur, l’ami intime de Jimenez, le général Puello.

Puello était griffe, nuance privilégiée que la caste des sang-mêlés et la caste noire revendiquent chacune comme sienne, et, à l’ascendant moral que sa couleur lui donnait sur les bombolos établis aux alentours de Santo-Domingo ; il joignait des moyens d’action beaucoup plus dangereux. Son frère, général de brigade, avait autrefois organisé un régiment de ces bombolos ; lequel régiment tenait justement garnison dans la ville sous les ordres d’un colonel noir, qui était lui-même l’ame damnée du ministre de l’intérieur. Deux autres frères de celui-ci, l’un colonel, l’autre capitaine, faisaient également partie de la garnison. Le programme des conjurés se résumait en trois points massacre des blancs tant étrangers que nationaux, renversement du pouvoir, réunion fédérative avec l’ouest. C’est la providence ordinaire de la petite république, le consulat de France, qui devait encore l’aider à se tirer de ce mauvais pas.

Lors des élections qui avaient eu lieu quelques semaines auparavant, l’attitude du noyau africain et de son chef reconnu. Puello, avait déjà paru assez suspecte pour que M. Victor Place, qui gérait dans ce moment notre consulat de Santo-Domingo, jugeât prudent, dans l’intérêt de nos nationaux, de faire surveiller les allées et venues des bombolos. La précaution n’était pas gratuite. Des négocians vinrent peu après informer M. Place que, depuis plusieurs jours, les bombolos n’achetaient que de la poudre, et qu’ils entraient en plus grand nombre qu’ils ne sortaient chose d’autant plus aisée à vérifier qu’on ne pénètre dans la ville que par deux portes. Le dimanche, à la parade, notre consul eut la démonstration matérielle de ce dernier renseignement : le personnel noir de la garnison s’était multiplié comme par enchantement, et le colonel des bombolos, coquin bien connu par sa haine des blancs, quitta le front de son régiment pour venir débiter à

  1. Quand il s’agit d’arrêter un homme de peu, le Dominicain tient à honneur d’être seul : il dédaigne d’attacher son prisonnier et l’invite fièrement à prendre son sabre ; mais, s’il s’agit d’un prisonnier de distinction, toutes sortes de précautions sont prises. Durant la marche, ses coudes sont fixés derrière le dos au moyen d’une planche trouée où s’engagent les deux bras. À la halte de nuit, on le détache, ou l’invite à joindre ses deux bras au-dessus de la tête, et, dans cette posture, on l’enveloppe hermétiquement dans une peau de boeuf, au risque de l’étouffer ; puis les soldats s’endorment à côté, la conscience tranquille. À l’aube, quand on déficelle ce saucisson humain, il arrive parfois que l’ame en est sortie. Grace à son rang élevé, Valou fut conduit de cette façon-là de l’intérieur du pays à Santo-Domingo.