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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/456

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vie réelle qui sont la meilleure partie du livre de M Kingsley. Un jour, il s’élève à l’atelier où travaille Alton de grandes rumeurs, et bien naturelles. M. Smith, le maître de l’établissement, est mort ; son fils qui lui succède annonce qu’il réduira le salaire de ses ouvriers. Les ouvriers tiennent une conférence dans laquelle Crossthwaite propose une grève générale. Sa proposition a peu de succès ; la perspective de mourir de faim, « afin de donner des martyrs à la cause chartiste, » sourit peu à la plupart des ouvriers. Les uns acceptent les nouvelles propositions qui leur sont faites, les autres quittent l’atelier pour tomber bientôt entre les mains des sweaters, ou pour devenir sweaters eux-mêmes, comme Jemmy Downes, l’ouvrier dissolu, qui fit à Alton, à son entrée à l’atelier, la réception cynique que nous avons rapportée. Alton et Crossthwaite seuls se retirent comme le juste d’Horace, protestant que, dussent-ils souffrir mille morts ils, ne prêteront pas les mains à leur propre ruine en acceptant les conditions de leur nouveau maître. Cet événement décidé de la destinée d’Alton. À partir de ce jour, il a juré, lui aussi, la ruine de l’ordre de choses établi ; il devient chartiste et accompagne Mackaye et Crossthwaite aux réunions du soir de la célèbre convention. Le chapitre est curieux et bon à méditer ; il est intitulé : Comment les gens deviennent chartistes.

Cependant Alton est sur le pavé avec un volume de poésies populaires intitulées Chants du grand chemin dans sa poche ; nul moyen de les publier et aucune ressource. Le vieux Mackaye lui conseille de partir pour Cambridge et d’aller prier son cousin de l’aider à former une liste de souscripteurs, faciles à trouver dans le monde opulent où George s’est créé quelques relations. Alton part donc d’un pied joyeux, respirant librement l’air des campagnes et s’enivrant de toutes les couleurs, de tous les aspects de la nature, qu’il contemple réellement, on peut le dire, pour la première fois. Le jeune apprenti sans ressources trouve son cousin entouré de la brillante jeunesse de l’université et prêt à sortir pour une course de rameurs à laquelle il convie Alton. Là, il lui arrive une mésaventure qui lui ouvre les portes de la maison où demeure la bien-aimée de son imagination. Un groupe de jeunes gens passe à cheval, et l’un d’eux renverse Alton, qui tombe dans la rivière au milieu des rires. Exaspéré, il se relève en entendant un de ces jeunes gens ; lord Lynedale, qui le prie d’excuser la maladresse de son compagnon. Alton lance à la tête de lord Lynedale l’épithète d’aristocrate. Celui-ci, moitié par conviction, moitié par calcul politique, nourrit des sentimens démocratiques ; et se propose d’être un jour le Mirabeau de son pays : il ne lui garde pas rancune, et le présente comme un futur grand poète au docteur Winnstay, chez qui l’ouvrier tailleur retrouve la belle Lillian, jeune personne légèrement frivole et médiocrement intelligente, dont les qualités morales ne répondent pas