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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/451

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préparée et attendue, éclate et il lui reproche amèrement la tyrannie qu’elle exerce sur lui, met en balance, dans la chaleur de la dispute, les soins qu’elle eus de lui et les services qu’il lui a rendus, son salaire qu’il a remis toujours intégralement entre ses mains, et finit par la prier de ne plus jamais l’importuner de ses préjugés religieux. « Quittez cette maison immédiatement, lui répond sa mère ; désormais vous n’êtes plus mon fils : pensez-vous que je laisserai ma fille se souiller dans la compagnie d’un infidèle et d’un blasphémateur ? » Alton, chassé de la maison de sa mère, erre tristement à travers les rues de Londres, et va chercher un refuge, chez Sandy Mackaye, qui le reçoit avec bonté, mais non sans quelques gronderies, pour avoir manqué à ses devoirs, et lui offre gratis un lit dans sa maison.

Sandy Mackaye est un des plus rares et des plus curieux produits de la civilisation modern. Nous avons tous pu rencontrer dans notre jeunesse quelque vieillard qui lui ressemblait plus ou moins. Aujourd’hui ce type est à peu près perdu, et Mackaye lui-même meurt bien juste à point la veille du 10 avril 1848, jour de la fameuse et dernière promenade chartiste. Qu’aurait-il eu à faire au milieu de ces générations puérilement bruyantes, audacieusement sensuelles, bavardes, remuantes, qui courent l’Europe à l’heure présente ? Mackaye, placé entre le XVIIIe et le XIXe siècle, réunit en lui les caractères de ces deux époques ; c’est un révolutionnaire de vieille roche, ce qu’on pourrait appeler un révolutionnaire de bonne souche et d’antique lignée ; il remonte jusqu’à Hampden, Milton et Cromwell, en passant par Cobbett, Burns et Carthwright. Il a reçu l’éducation radicale la plus pure ; il a bu les eaux démocratiques à leur source même ; il est un vivant exemple de ce qu’étaient les doctrines révolutionnaires à leur origine, alors qu’elles étaient prêchées et adoptées par les bonnes, saines et fortes intelligences, lorsqu’elles se présentaient avec l’apparence de la philanthropie, de l’humanité et de la justice, et qu’elles n’avaient pas été défigurées, au point d’en être méconnaissables en passant entre les mains des fous, des scélérats et des insensés. Malgré tout ce qu’il a vu, il n’a perdu aucune de ses croyances, et il passe au milieu des folles générations contemporaines comme une sorte de Franklin converti au chartisme ; mais le temps a marché ; tous les maîtres de Mackaye sont descendus les uns après les autres dans la tombe, ses écrivains, ses poètes, ses orateurs favoris, et lui, leur disciple, il est resté seul au milieu de générations qui ont eu d’autres maîtres. Alors chemin faisant et tout en voyageant vers la tombe, le vieillard a ramassé sur sa route tous les systèmes du XIXe siècle : phrénologie, magnétisme, chartisme. Il s’est entouré de toutes ces doctrines, et, bien qu’il ne soit pas dominé par elles, néanmoins elles ont à la longue et par le lent effet du temps, déteint sur lui comme les gouttes d’eau creusent le rocher. Il est sceptique,