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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/450

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dans les observations du vieux Mackaye quelques-uns des traits du caractère d’Alton Locke, tel que nous avons essayé de le reconstruire d’après ses propres récits ? et ne reconnaissez-vous, pas aussi déjà le vieil Écossais ? n’avez-vous pas, dès cette première scène, observé quelques-unes de ses qualités : la pénétration, le bon sens, l’amour de l’exactitude, des qualités viriles, de la discipline individuelle ? n’avez-vous pas remarqué la chaleur de cœur qui se fait jour à travers ce jargon phrénologique ?

Le vieux Mackaye comble les désirs d’Alton, mais en imposant à ces désirs des conditions sévères. Il lui remet entre les mains le Paradis perdu, une traduction interlinéaire de Virile et une vieille grammaire latine : « Si dans trois mois, dit le vieux Mackaye à Alton, vous n’êtes pas capable de me traduire une page de Virgile, vous ne lirez plus de mes livres. Voici une grammaire latine, faites-vous à vous-même une méthode de travail, et commencez comme ont commencé de meilleurs que vous. » Et sur la demande d’Alton : « Qui m’apprendra le latin ? — Eh ! qui peut enseigner à un homme quelque chose si ce n’est lui-même ? » répond Mackaye. Alton lit donc à ses momens perdus, rares momens, en vérité, qu’il lui faut dérober au travail implacable de l’atelier et à la curieuse et importune surveillance de sa mère ; mais un jour il est découvert : grande rumeur, le saint des saints est profané. « Où vous êtes-vous procuré ces choses païennes ? » lui demande sa mère en parlant des livres de Mackaye. Les ministres anabaptistes tiennent conférence ; Alton est tenu pour hérétique, blasphémateur et chartiste ; le vieil Adam est reconnu en lui si profondément vivace, qu’il faut perdre désormais toute espérance de le sauver. Alton cependant obtiendra grace, s’il veut promettre de ne plus revoir Sandy Mackaye. Alton se dirige les larmes aux yeux chez son vieil ami, qui lui permet de garder les livres prêtés, et l’engage à ne pas désobéir à sa mère ; « car, lui dit-il, sans cette obéissance, les livres, en vérité, vous feront peu de bien. » Ici je ferai une courte observation : supposez un socialiste français traitant un sujet pareil, il y a cent à parier contre un que Mackaye aurait conseillé à Alton la désobéissance, et lui aurait fait, à propos de la science, de ses avantages une indulgente théorie de désobéissance qui ne vaudrait pas la simple observation du bon Ecossais. — Cependant la défense de revoir Mackaye a ulcéré l’ame d’Alton ; d’ailleurs il a maintenant goûté au fruit défendu de l’arbre de science ; le vieux respect qu’il avait pour sa mère s’est changé en impatiente obéissance ; il n’a plus pour elle son amour naïf d’enfant ; il sait maintenant qu’en lui obéissant il remplit un devoir, ce qui est toujours une triste expérience, car elle nous fait connaître la tyrannie des lois morales. C’est aussi ce qui arrive à Alton : le fanatisme de sa mère lui devient intolérable, Un jour enfin, la crise, dès long-temps