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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/437

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n’existe dans le caractère anglais. Les relations de l’homme avec l’homme n’ont en Angleterre rien de sentimental, de facile ni de lâché : elles sont pleines de ponctualité, elles sont fermes, dignes et dures ; les esprits y sont perpétuellement sur la défensive, et les caractères comme protégés par un triple rempart d’indépendance et de respect. Leur politesse n’a certainement rien d’excessif : ils paient avec exactitude ce qu’ils doivent d’hommages à leurs semblables, rien de plus, rien de moins. La vie en commun et tous les entassemens monstrueux des corps et des ames inventés par nos socialistes, n’ont rien de séduisant pour un pareil peuple. L’idée communiste ne prendra jamais racine dans un pays où chaque ; individu a un but qu’il poursuit sans relâche, et où l’action prédomine. Ajoutons que chaque individu est en Angleterre comme une sorte de sphère d’action déterminée, qui ne relève que de sa seule volonté. Swedenborg, disait que l’homme était formé de petits hommes ; mais on peut dire du peuple anglais qu’il est composé d’une multitude de petites Angleterres, que chaque individu est comme une petite île ayant ses produits originaux et ses ressources particulières.

Si le socialisme ne convient nullement au caractère du peuple anglais, convient-il mieux à ses habitudes politiques, et peut-il se glisser pour surprendre les sentimens les plus élevés, ceux de la piété et de la charité, sous le manteau de sa religion ? En Angleterre, le foyer domestique est le fondement même de la société la vie de famille y est encore pratiquée et honorée ; le mariage n’y est pas seulement un contrat commun comme en France, mais un lien sacré et religieux. « La sainteté de la vie de famille, dit l’auteur d’Alton Locke, M. Kingsley, dans une lettre qu’il a publiée en réponse à la Revue d’Edimbourg, la sainteté de la vie de famille est pour nous le germe de toute organisation, et ceci-nous conduit nécessairement à un respect sincère pour la monarchie. » M. Kingsley, a raison, et c’est une remarque sur laquelle ne pourraient assez réfléchir les démocrates sincères qui se défendent de vouloir abolir la famille. La monarchie sera toujours le gouvernement le plus parfait pour les nations chez lesquelles ; se conservent sévèrement les tradition du foyer et le respect de la famille. En vain répondrait-on par exemple des États-Unis, où la vie de famille subsiste aussi fortement que dans tous les autres pays chrétiens : aux États-Unis, le type de l’état n’est pas la famille, mais bien la commune, ou plutôt l’association des familles. Les États-Unis ont été fondés par les efforts combinés de toutes les familles émigrées depuis deux siècles, ayant toutes les mêmes intérêts, parce qu’elles avaient toutes les mêmes dangers et la même cause ; mais en Angleterre rien de pareil ne subsiste : comme toutes les nations européennes, l’Angleterre a traversé la féodalité, et la monarchie y est inséparable de l’idée de famille et de l’idée de hiérarchie. Le socialisme, contraire aux fortes et saines vertus domestiques de