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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/434

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et le vaisseau de 84 fait encore l’admiration des marins ; mais, à cette heure où la vapeur nous menace d’une révolution radicale, comment songer à préparer d’avance des flottes qu’il nous faudrait peut-être ensuite démolir de nos propres mains ? Qu’on sache se borner au strict nécessaire. Dans le système de guerre indiqué par la situation actuelle de la France, l’entretien à flot d’une armée navale suffit : soit 20 ou 25 vaisseaux toujours prêts à entrer en ligne ; puis une seconde armée pour soutenir la première dans un espace de quelques mois : soit encore un nombre égal de vaisseaux sur cales et poussés au dernier degré d’avancement. Qu’il soit bien entendu que le vaisseau sur cale aurait tout son matériel d’armement disposé à l’avance, dans la mesure toutefois du possible. Les grandes expéditions de guerre tells que nous les voulons ne se succèdent pas si rapidement qu’il soit urgent d’être prêt plus tôt ; et, ce premier matériel de guerre suffira, si l’on ne se laisse pas surprendre par les événemens, et si les magasins d’armement de la flotte sont tenus au complet. Aux vaisseaux à flot, qu’on ajoute 25 frégates à vapeur, qu’il y en ait 15 autres sur cales : on ne saurait craindre d’en avoir un trop grand nombre, ces frégates serviront également à la paix et à la guerre. Enfin, pour appuyer la grande guerre par la guerre de course, la France doit se tenir prête à lancer en enfans perdus 25 à 30 frégates de marche rapide et de grande force. Tel est le matériel de guerre qu’il faut aujourd’hui à la marine française : 45 vaisseaux de ligne, 4 frégates à vapeur, 30 frégates à voiles et leur matériel d’armement au complet, de manière à mettre sur pied en quatre mois deux armées ; — enfin, à défaut du droit de martelage, 3 ou 400,000 stères de bois, tant dans les magasins de prévoyance qu’en vaisseaux poussés à divers degrés d’avancement. Quant à la marine de paix ou de petite guerre, — corvettes, bricks et autres bâtimens légers, — us laisserions à la politique le soin d’en fixer chaque, année le chiffre au budget ce n’est qu’à titre d’auxiliaire qu’on doit la faire figurer au tableau de notre force navale.

La loi des 93 millions assurait à nos arsenaux à peu près tout le matériel que nous demandons ici. L’enquête parlementaire mettra en lumière ce fait, qu’au 1er janvier 1848, à la veille de la révolution de février, nos richesses navales dépassaient les évaluation. Qu’ont fait les ministres des premiers temps de la république ? Sans le dévouement de M. le vice-amiral Casy, qui n’accepta le portefeuille que pour sauver notre corps d’officiers de la décimation dont on le menaçait, leur passage aux affaires nous eût coûté plus cher encore. D’autres retraceront cette époque funeste ; nous ne voulons ressentir les blessures de la patrie que pour aider à les guérir.


TH. PAGE.