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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/432

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L’esprit public reviendra-t-il un jour de ces égaremens de la liberté ? Qui oserait s’en flatter, même avec l’exemple de l’Angleterre, où l’état sème d’immenses espaces de forêts tout exprès pour sa marine ? Pourtant il est aisé de comprendre que, sous un pareil régime, notre marine sera précaire, tant que nous n’aurons pas dans nos dépôts de prévoyance ou en construction 3 ou 400,000 stères de chêne de France ou de Sardaigne, et des bois résineux de grandes dimensions. Sans doute c’est une mise-dehors considérable 60 millions de francs peut-être, livrés d’ailleurs à un amoindrissement continu ; mais à qui la faute ? La France veut abuser de la liberté : eh bien ! elle n’aura de marine qu’à la condition de tels sacrifices ! Cette dépense, du reste, n’est point sans compensation ; les grands approvisionnemens préparés de longue main et bien administrés ont cet avantage, que chaque travail n’emploi que les pièces qui lui sont propres, et qu’il n’y a ainsi ni perte de matières ni faux emploi de pièces précieuses.

Certes, nous n’avons pas ménagé notre admiration aux magasins de bois sous-marins de Brest ; mais, quand on voit que tant de génie n’est déployé que pour pallier les folies de la liberté, notre esprit se retourne sur lui-même. Les forets de la France, voilà les vrais magasins de prévoyance des bois sous-marins de Brest ; mais, quand on voit que tant de génie n’est déployé que pour pallier les folies de la liberté, notre esprit se retourne sur lui-même. Les forêts de la France, voilà les vrais magasins de prévoyance des bois de notre marine, et non pas ces merveilleuses fosses d’immersion qui nous écrasent de charges ruineuses. Nous avons évalué à 15 pour 100 le déchet des bois dans ces fosses ; mais si les forêts, au moins celles de l’état, étaient rendues à la marine et administrées avec intelligence, l’économie serait de 25 pour 100. que la liberté, dont nous lisons le nom écrit sur toutes les murailles, nous pardonne si nous opposons à ses vains caprices l’intérêt de la France : ne peut-on, au nom du pays, au nom de nous tous, combattre le gaspillage de la fortune publique, même quand ce gaspillage se fait au nom de la liberté ?

On peut se faire une idée maintenant de l’ensemble des arsenaux maritimes de la France [1]. Quelques centaines de mille francs suffisent aujourd’hui pour compléter le port de Brest ; il nous faut encore enfouir plusieurs millions à Cherbourg, creuser et construire à Toulon un arsenal à vapeur, et ce n’est pas moins de 5 à 6 millions que nous devons y consacrer ; mais alors, la base de notre établissement naval sera digne d’une puissance de premier ordre. Si l’on ne veut pas rétablir le martelage, nous logerons dans nos dépôts de bois ou nous

  1. Nous ne croyons pas nécessaire de parler des forges de la Chaussade qui fournissent à la marine des ancres, des câbles-chaines, des fers de grande dimension, ni des fonderies de canons de Ruelle, de Nevers, de Saint-Gervais ; tous ces établissemens auxiliaires suffisent aux besoins, et les raisons qui doivent les faire maintenir aux mains de l’état sont les mêmes que nous avons fait valoir pour Indret. — Voyez, dans la livraison supplémentaire, de la Revue du 15 avril 1849 ; la Marine française en 1849, par M. Girette.