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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/429

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donc le huitième de cette flotte qu’Indret peut produire annuellement en machines. Ce seul établissement suffirait donc, dépasserait même tous nos besoins de la paix, et répondrait complètement aux exigences de la guerre.

En face d’Indret, ainsi consacré exclusivement à la fabrication, que deviennent les arsenaux maritimes de nos ports ? Ce qu’ils sont réellement, ce que la nature des choses leur impose d’être : des ateliers de réparation et accidentellement de fabrication. Chaque port aurait de temps en temps quelque machine à fabriquer, ne fût-ce que pour assurer une certaine permanence aux travaux, et façonner des ouvriers. Hors notre établissement à vapeur sur l’Océan formerait un tout compacte dont toutes les parties s’entre-soutiendraient et se compléteraient ; Indret, tête ou foyer de fabrication, produirait les machines en tendant autant que possible à la perfection et les livrerait à ses succursales de Rochefort, de Lorient, de Brest, de Cherbourg, qui auraient dans leurs attributions toutes les réparations de la marine active. Qu’on ne croie pas que ces attributions des ports soient chose peu importante : avec une flotte à vapeur de 100 bâtimens, les réparations seraient l’affaire principale. Chacun sait que la durée moyenne des chaudières en tôle est de cinq ans [1] ; on aura donc constamment en réparation le cinquième des appareils. Si nous mettons sur pied une marine à vapeur de 35,000 chevaux, il faut en compter annuellement 7,000 en réparation au prix de 150 francs par force de cheval pour les chaudières seulement, soit une dépense de 1,050,000 francs. Quant aux machines, les données manquent jusqu’à ce jour pour en évaluer la durée moyenne. C’est une idée vaguement reçue qu’après deux ou trois campagnes toute machine à vapeur doit subir une refonte égale à la moitié de sa valeur primitive ; nous porterons donc à 8 pour 100 par an les réparations, cela représente une valeur de 3,500,000 francs pour la flotte à vapeur.

Il nous reste à parler de l’approvisionnement du charbon ; la question paraît bien vulgaire sans doute, mais quelles proportions elle prend soudain si l’on songe que les houillères de la Grande-Bretagne sont peut-être la base de l’empire anglais dans l’univers ! Toulon sera approvisionné par les mines d’Alais et de la Grand’Combe ; mais quand on parcourt les forges, les fonderies, tous les ateliers de nos arsenaux de l’Atlantique, une triste pensée vous poursuit sans relâche. Demandez à Indret d’où vient le charbon qu’on y emploie, et l’on vous répond : De l’Angleterre. Et à Lorient, à Brest, à Cherbourg ? De l’Angleterre, exclusivement de l’Angleterre. Brest, Cherbourg, Lorient,

  1. Nous avons adopté ici les chiffres consacrés par la marine anglaise. Nos ingénieurs évaluent à six ans la durée des chaudières à tombeau ; main on n’est pas fixé encore sur la durée des chaudières tubulaires.