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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/427

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marine de France doit répondre à d’orgueil de la nation ; eh bien ! l’industrie privée n’est point à la hauteur d’une pareille exigence. C’est sur ses ressources propres que l’état doit faire fond pour satisfaire au vœu du pays ; l’industrie ne peut être admise que comme auxiliaire, et seulement en proportion de sa force intrinsèque et réelle. Cette question préalable résolue, comment l’état maintenant doit-il répartir les établissemens de sa marine à vapeur ?

Pour la construction des coques, pour les radoubs, la solution est évidente : c’est dans nos arsenaux maritimes, où se trouvent déjà réunies les garanties de permanence, d’excellence et d’économie que doivent se fixer les nouvelles constructions : en cela, l’élément nouveau de la puissance navale n’est que l’extension de l’ancien. La solution n’est pas douteuse non plus pour ce qui concerne la réparation des machines : c’est dans nos ports qu’elle aura lieu, de là l’obligation d’avoir dans nos grands arsenaux des moyens suffisans pour réparer les avaries des machines de toute puissance. Mais est-il indispensable, est-il même nécessaire que la fabrication des machines soit établie au lieu même où se construisent les coques ? Certainement, la réunion de ces deux élémens distincts du bâtiment à vapeur est profitable ; l’ingénieur et l’ouvrier qui ont fabriqué la machine la mettent eux-mêmes en place, et il doit en résulter des perfectionnemens de détail dont on ne peut nier l’importance. Cependant cet avantage n’est pas tel qu’il faille l’acheter à tout prix. Il y a plus : l’atelier de fabrication doit être isolé de l’arsenal et des ateliers de réparation, et sous une direction différente. Pour être économique, pour être excellente, la fabrication exige une certaine suite dans les travaux, de la fixité chez les ouvriers. Or (l’expérience des ports le prouve) le préfet maritime, sans cesse en présence de besoins urgens, va au plus pressé ; à chaque instant, la fabrication serait suspendue pour des réparations ordonnées ; les meilleurs ouvriers et les plus chèrement payés seraient souvent appliqués à des travaux grossiers auxquels suffirait un simple apprenti. Où serait alors la garantie de permanence, d’excellence et d’économie dans la fabrication ?

Deux de ces centres de fabrication suffiraient aux besoins de la marine : l’un pour les ports de la Méditerranée, l’autre pour les ports de l’Océan ; le premier à Toulon, le second dans une position centrale à l’égard de nos quatre ports de l’Atlantique, communiquant avec ces ports par des voies peu chères, que la guerre maritime n’interrompe pas, et le plus près possible de nos grands dépôts de fer et de charbon. Si rien n’existait encore, que tout fût à fonder rationnellement, désignerions-nous Brest pour cet établissement central ? ou Lorient ? ou bien l’embouchure de la Loire, dans le bassin à flot qu’on creuse à Saint-Nazaire, et qui doit bientôt, dit-on, faire de Saint-Nazaire à l’égard de Nantes