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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/420

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aussi semble-t-il prédestiné à devenir le principal foyer de notre marine à vapeur. L’esprit se laisse prendre si facilement à cette pensée, qu’en entrant dans le port, on cherche tout d’abord l’arsenal à vapeur, et que l’on s’attend à le trouver complet. Cependant rien ne répond à cette espérance : l’atelier suffit à peine aux réparations journalières et d’urgence. Comment la volonté de 1840, qui a si puissamment marqué sa trace à Brest, à Lorient, à Rochefort, est-elle venue expirer comme paralysée à Toulon, au lieu même où il importait surtout qu’elle réalisât toute sa grandeur ? Ce ne sont point les projets qui ont fait défaut, ni les décisions du cabinet ; où donc fut l’achoppement ? Si les conseils de la monarchie ont pu hésiter, la république doit briser toute résistance. Il faut à Toulon un grand arsenal à vapeur ; l’assemblée souveraine le lui donnera.

La nature a tout prodigué pour faire de Toulon l’arsenal maritime d’une puissante nation une côte bien rarement visitée par les tempêtes s’ouvre une rade abordable aux plus grands vaisseaux ; nul écueil visible ou caché n’en rend l’approche inquiétante ; la brume même la plus épaisse y est sans danger : les grondemens de la mer, qui brise sur le rivage acore, avertiraient à temps de s’éloigner. Un haut promontoire en signale l’entrée ; on l’a surmonté d’un phare dont la rouge lueur rassure pendant les nuits sombres. En arrière, le pic de Coudon se voit du large à plus de dix lieues à travers un voile de vapeurs blanches. Tout à côté la magnifique baie d’Hyères offre un refuge assuré aux navires qui ont manqué le port. Une double rade que, de mémoire d’homme, aucun sinistre n’a souillée ; pour port deux darses ou bassins communiquant l’un avec l’autre et capables de contenir 50 vaisseaux de ligne amarrés côte à côte doucement incliné et adossée à une arête d’âpres montagnes, un ciel presque toujours pur, des hivers sans frimas : voilà Toulon. De nombreuses batteries croisent leurs feux sur la rade ; une flotte ennemie y serait bientôt mise en pièces : Napoléon devina d’un coup d’œil l’avantage de cette position défensive, et ce fut le premier rayon de sa gloire.

Du côté de la terre, Vauban a fait de Toulon une place de guerre capable d’arrêter une armée d’invasion. Aucun autre lieu n’est plus favorable aux constructions navales ; le climat de Toulon est presque aussi sec que celui de l’Égypte ; l’espace de temps pendant lequel on peut y conserver des vaisseaux sur cale échappe à tous les calculs. Pour y garder les bois, il n’est pas besoin de creuser à grands frais des fosses d’immersion ; les mâts seuls sont conservés sous l’eau ; pour le reste, des hangars suffisent, pourvu que l’air y circule à l’aise ; l’incendie de 1845, qui a dévoré pane 3,165,000 francs des bois les plus précieux, nous avertit assez de songer désormais aux dangers du feu. Sur rade et dans le port, la facilité des communications répand un véritable