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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/404

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ces voiles ; il faut désormais cherchée notre appui dans l’esprit public pour que les révolutions cessent de nous être mortelle ; il faut montrer à tous que nos flottes répondent bien à un but national et conforme au génie de la France.

La guerre maritime a trois modes divers : la guerre de course, la guerre d’escadres, la guerre de débarquement. La guerre de course s’attaque au commerce, aux intérêts privés, aux particuliers ; guerre de tirailleurs, de flibustiers, d’enfans perdus. Contre une nation comme la Hollande, qui possède dans la Malaisie les plus belles et les glus riches colonies du monde, dont elle exploite et colporte elle-même les produits sur trois ou quatre cents navires de 800 à 1,200 tonneaux, armés à peu près comme l’étaient les anciens vaisseaux de la compagnie des Indes, et sans autre protection qu’une escadre insignifiante, une pareille guerre, menée par de nombreuses frégates, tantôt isolées, tantôt réunies en divisions, serait toute-puissante. Contre les États-Unis, dont la flotte de guerre est faible, qui ne possèdent ors de leur territoire aucun point de ravitaillement : , et dont les navires de commerce couvrent le monde, la guerre de course aurait une action terrible, car elle pourrait se faire sur toute espèce de bâtimens de guerre et par de simples corsaires. L’Angleterre aussi est vulnérable, sur tout le globe dans son commerce, et certains esprits que découragent les désastres de nos flottes sous la république et l’empire proposent, comme moyen unique de lutter contre l’Angleterre, la guerre de course sur une échelle formidable. Soit : lançons, si l’on veut, à toutes les aires du vent soixante frégates à la chasse des navires anglais ; mais si l’on se borne à ce genre d’action, qu’aura-t-on produit ? Sans doute on infligera au commerce maritime de grandes destructions, on anéantira dans les abîmes de l’océan bien des richesses, bien du travail humain, car il ne faut pas songer à faire des prises, on brûlerait, ou coulerait bas les navires capturés ; mais l’effet de cette guerre de vautours serait-il autre pour l’Angleterre que de hausser le prix de ses assurances maritimes ? Et nous, privés de tout point d’appui, de tout lieu de ravitaillement, ne trouvant nulle part du combustible pour nos bateaux à vapeur quand l’Angleterre en a partout des dépôts, traqués et poursuivis sur toutes les mers par des forces supérieures, nous verrions périr une à une nos frégates emprisonner nos meilleurs matelots, insulter nos rivages ; quant à la gloire il y en a peu à recueillir dans cette voie. Pour harceler l’ennemi, la guerre de course est un utile auxiliaire ; mais nous ne pourrions nous borner à ce mode d’action que si le désespoir ne nous laissait pas d’autre moyen de vengeance.

La guerre de flottes ou d’escadres n’a pas eu le même caractère à toutes les époques. On la voit, sous Louis XIV, tendre à la domination des mers ; sous louis XVI, appuyer la révolte des États-Unis, embarrasser