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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/391

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d’oreilles, car ils les veulent de cette couleur, et ils en portent toujours deux à la fois, une ans chaque gousset : mode bizarre, mais pas plus que tant d’autres, et sur laquelle le producteur se garde bien de chicaner le consommateur et de ne pas le servir à souhait : Enfin, à l’industrie joignez un développement général avancé, l’instruction du peuple gratuite et obligatoire, des écoles jusque dans les coins de montagnes les plus retirés, des collèges dans presque toutes les petites villes, des corps savans, universités ou académies dans plusieurs chefs-lieux : tout cela donne à la Suisse, outre sa vie politique et industrielle, une vie scientifique et littéraire dont le mouvement est intéressant à suivre et à apprécier.

Quelques recueils périodiques, où ce mouvement se précise et se concentre de plus en plus, sont devenus comme des indices, des documens précieux sur cette activité intellectuelle de la Suisse. Il en est un, la Revue suisse, qui, à ce titre surtout, mérite d’être consulté. La critique, l’érudition, l’histoire, l’étude des mœurs nationales, y tiennent également et dignement leur place. Fondée il y a treize ans, long-temps fixée à Lausanne, puis transportée à Neuchâtel au début d’agitations politiques qui n’étaient guère favorables aux lettres, la Revue Suisse s’est néanmoins soutenue à travers bien des vicissitudes. Ce qu’il importe surtout d’y noter, c’est l’affinité de l’esprit suisse et de l’esprit français. Il a toujours existé d’intimes relations de pensée et de vie entre une portion de la Suisse et la France. Ce sont ces rapports de la Suisse et de la France, si visibles surtout dans la Suisse romande, qui doivent appeler l’attention sur le mouvement intellectuel dont quelques cantons sont le théâtre. Ces relations persistent par la nature même et par le fond des choses. On s’occupe beaucoup aujourd’hui en Suisse de nos agitations politiques de nos travaux littéraires. La France a la plus grosse part, la part du lion, dans les appréciations des journaux et des recueils helvétiques. C’est une chose curieuse que ces libres et paisibles causeries sur nos affaires qu’on peut entendre ou lire chaque jour sur les bords du Léman. Toutes nos célébrités ont passé et repassé à plusieurs reprises devant cette glace tranquille : il serait piquant, pour tel qui ne s’en doute pas, de voir comment elle lui rend son image. La Revue Suisse est l’expression fidèle de cette curiosité avec laquelle les populations des bords du Léman suivent notre vie politique et littéraire dans ses détails, dans ses incidens de chaque jour. Elle ne disserte pas, elle raconte avec indépendance, et sait apprécier avec une fermeté bienveillante nos hommes politiques comme nos écrivains. Ce besoin d’informations, de jugemens sérieux sur la France, auquel la Revue Suisse, répond si bien est un symptôme qu’on aime à noter dans un pays voisin, rattaché au nôtre par tant de souvenirs et d’intérêts communs.

V. DE MARS.


REVUE LITTERAIRE

C’est un privilège propre aux études historiques de n’offrir jamais un plus grand charme, un plus grand intérêt d’à-propos et d’enseignement, qu’aux