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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/384

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Il avait été convenu à la fin de la dernière session, que la chambre saisirait, au début de celle-ci, la première occasion d’en finir avec cette mesure ; M. de Rothschild attend toujours en effet, depuis 1847, que l’on veuille bien lui ouvrir la porte de cette chambre où l’ont envoyé ses électeurs, et il ne serait pas trop tôt de l’admettre mais il faudra sans doute qu’il attende encore jusqu’aux prochaines élections générales, car, si les communes l’ont implicitement admis sans que sir Robert Inglis ou M. Plumptree aient même manifesté d’opposition que pour la forme, il n’en est pas plus avancé. Le bill doit aller aux lords, qui le rejetteront très certainement. Lord John Russell ne paraît pas lui-même se préoccuper beaucoup de savoir comment il le fera passer par cette épreuve nouvelle ; il sait qu’il ne passera pas et ne pense probablement qu’à dégager d’une manière ou de l’autre, en le présentant, la parole qu’il a donnée aux libéraux de la Cité de Londres.

Est ensuite venue la question du budget. Le débat coïncidait justement avec la publication des résultats financiers du premier trimestre de l’année 1851. C’était une coïncidence précieuse pour le chancelier de l’échiquier, qui pouvait ainsi jeter à la face de ses critiques les plus acharnés le chiffre toujours croissant des recettes de la Grande-Bretagne. L’augmentation s’élève en effet, pour l’année entière, à 446,000 livres, pour le trimestre à 283,000. L’augmentation est à peu près de la somme même dont le chancelier de l’échiquier avait, l’année dernière, diminué les taxes : nouvel : encouragement fourni par la pratique aux doctrines du free-trade. Ainsi, malgré les notables diminutions apportées depuis le mois de juillet aux droits sur le sucre, sur les briques et sur le timbre, ces trois articles ont donné à la douane un produit beaucoup plus considérable que dans le trimestre correspondant. Il y a dans cette situation du revenu public une preuve incontestable de la prospérité générale du pays : il est évident que la consommation s’étend de plus en plus, et l’on ne peut pas dire que ce progrès ne soit point normal ; qu’il soit dû à quelque circonstance accidentelle ou temporaire Les chemins de fer anglais vont bientôt être terminés, et l’ardeur de la spéculation qui s’était emparée de ces grands travaux s’est tout-à-fait refroidie. Il n’y a point maintenant de ces entreprises extraordinaires en cours d’exécution. La foule d’ouvriers employés dans Hyde-Park à la construction du palais de cristal donne, il est vrai, sur ce point l’idée d’une véritable surexcitation industrielle ; mais ce ne sont, après tout, que quelques fondeurs, charpentiers et vitriers, qui trouvent là une occupation particulière, et ce mouvement : ainsi concentré ne saurait expliquer la richesse universelle attestée par le chiffre du revenu. Il faut, pour que la consommation atteigne de pareils chiffres, que l’activité de la nation, se dépense très positivement dans des voies régulières et certaines ; ce développement général est une source d’abondance beaucoup plus sûre que ne pourrait l’être une application excessive et exclusive des bras et des capitaux à telle ou telle branche de l’économie sociale. Lorsqu’il y a cinq ou six ans, l’Angleterre se livra sans réserve à la manie du railway, comme on disait alors, les grandes fortunes qui se firent furent bien compensées par de grands désastres, et la situation demeura plus brillante en apparence que solide en réalité.

Le chancelier de l’échiquier, sir Charles Wood, avait donc le droit de dire