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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/383

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quemment la défense. On a trop affecté de ne voir dans l’écrit de M. Cousin que des réminiscences d’homme de parti, qu’un triste souvenir de février, hostile aux uns, indulgent pour les autres ; la dévolution de février n’était là qu’une preuve de surcroît à l’appui d’une thèse plus générale et plus haute. M. Cousin ne se proposait d’enregistrer le bilan de personne ; il ne s’en prenait point aux torts des individus ; il voulait seulement qu’on n’essayât plus de dissimuler ces torts individuels en calomniant par forme de diversion des idées auxquelles il croit d’une foi si ancienne et si profonde.

La situation toujours aussi douteuse du cabinet britannique est bien faite pour consoler les ministères dans l’embarras, en leur montrant que le mal est général. Singulière destinée du régime constitutionnel à cette heure critique où nous sommes, et qu’il est malheureux de le voir ainsi partout s’offrir à ses détracteurs sous son aspect le plus médiocre ! Il semble que ce soit devenu la loi d’existence de tous les cabinets de ne plus subsister que parce qu’il est impossible à leurs adversaires de prendre la place où l’on ne les laisse qu’à peine. Le ministère de lord John Russell ne gouverne plus qu’avec des majorités insignifiantes, qu’on a l’air de ne lui accorder que par grace et pour l’empêcher de tomber encore sous un scrutin dont les vainqueurs ne seraient pas à présent en état de profiter. Lord Stanley a confessé très sincèrement que ses amis n’étaient point à même de prendre le pouvoir ; ses amis se dédommagent en n permettant pas que le pouvoir s’exerce dans sa plénitude. Les rancunes irlandaises se joignent aux mauvais vouloirs des protectionnistes pour rappeler en toute occasion au cabinet whig qu’il est sous le coup de leurs votes et qu’il n’a désormais de par leur bon plaisir que de précaires destinées.

Ce mois-ci avait cependant commencé sous de plus favorables auspices. Il s’était trouvé dans les communes une majorité de 249 voix contre 85, pour repousser le bill de réforme électorale présenté par M. Locke King, le même bill sur lequel lord John Russell avait été battu complètement il y a peu de semaines. Le parlement avait alors cédé à l’envie. de rompre quand même avec le ministère, et le premier succès du bill de M. Locke King n’avait d’autre signification que d’être un congé en bonne formé pour lord John Russell, qui ne l’adoptait pas. Convaincu aujourd’hui qu’il faut encore garder l’administration des whigs, le parlement n’a point paru se soucier beaucoup de la réforme électorale qu’il avait d’abord acceptée à une majorité si éclatante. Ceux des conservateurs qui avaient laissé sur ce terrain-là le champ libre aux radicaux contre le ministère se sont ralliés à lui pour arrêter la mesure radicale au passage, et les libéraux plus ou moins avancés n’ont pas été fâchés d’écarter encore provisoirement de leur chemin cette grosse difficulté que leur eût préparée la Victoire. Ils se sont rendus avec une docilité, exemplaire aux promesses de lord John Russell, qui s’est engagé à présenter une véritable réforme à la prochaine session, mais sans s’expliquer très au long sur ce qu’elle devait être, puisqu’après tout il n’est point assuré de conserver les affaires jusqu’en ce temps-là.

Les communes ont également pris en considération le bill destiné à relever les Juifs de l’incapacité politique dont les frappent les quelques mots contenus dans la formule du serment qui ouvre, en Angleterre, la carrière parlementaire.