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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/381

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l’an dernier dans le conseil général des manufactures et du commerce, à l’effet d’astreindre les professeurs d’économie politique à prêcher le régime prohibitif. Enfin ces deux même personnes ont encore été introduites dans la commission qui doit aller examiner la grande exposition de Londres pour étudier l’état respectif des industries. Composée comme elle est, on n’a point à craindre que cette commission réclame une réforme quelconque de nos tarifs. M. Schneider a fait ainsi, pendant tout le temps et jusqu’à la dernière minute de son court ministère, le plus d’honneur qu’il pouvait aux deux grands maîtres de la secte protectioniste ; on ne saurait s’étonner de cette dévotion chez un si bon croyant.

La discussion de la loi sur les sucres a été suspendue dans les premiers jours du mois pour laisser à la commission, alors présidée par M. Buffet, le loisir de mettre en harmonie les différens amendemens présentés sur le système de taxation. Nous avons dit quelles étaient les dispositions essentielles du projet de loi. Ce projet se réduit à quatre points dominans : 1° le système de taxation ; 2° le dégrèvement ; 3° la marche plus prompte du dégrèvement pour les sucres coloniaux que pour les sucres indigènes ; 4° l’abaissement de la surtaxe pour faciliter l’admission des sucres étrangers. La discussion en est restée au premier de ces points. M. Buffet a expliqué très clairement toute l’économie du nouveau système qu’on se proposait d’introduire pour la tarification exacte des sucres. Il a résolûment converti l’assemblée au saccharimètre dont nous avions fait nous-mêmes ici une critique qui n’était point, à ce qu’il parait, assez équitable ; nous ne demandons pas mieux que de faire en revanche pleine réparation d’honneur à l’instrument de M. Clerget, qui est, nous assure-t-on, non-seulement très scientifique, mais aussi très commode pour tout le monde, excepté pour les raffineurs, contre lesquels il sert, Le saccharimètre donne la mesure exacte de la richesse saccharine contenue à différens degrés dans les différens types de sucres, abstraction faite de la richesse du rendement. Les droits sur le sucre étaient jusqu’à présent répartis d’après la seule indication des nuances ; la commission proposait, par l’organe de M. Buffet, de les répartir désormais d’après la richesse intrinsèques des sucres bruts, mesurée avec le saccharimètre. M. Benoît d’Azy et M. Dumas ont fait adopter qu’on taxerait en raison de la richesse absolue du sucre brut combinée avec la richesse de rendement du sucre raffiné. C’est ainsi modifiée et à cet endroit du débat que la loi est retournée aux mains de la commission.

Le tableau de cette quinzaine, ne serait pas complet, si nous en restions à ces affaires d’ordre industriel ou politique. Il faut que nous parlions encore de certaines publications qui, à des titres divers, ont produit quelques rumeurs. Emanées d’esprits très différens, elle ont cependant cette grande ressemblance, de frapper d’un arrêt également impitoyable, les fondemens mêmes de notre ordre politique, et de traiter le plus lestement du monde cette malheureuse société moderne qui est de la sorte battue de toutes parts. C’est encore là d’ailleurs une des marques du temps. Les esprits se sont tellement faussés, qu’ils ne savent point s’arrêter dans un milieu raisonnable pour combattre les extrêmes. D’un extrême ils vont à l’autre, et c’est là tout leur remède. Légitimisme ou socialisme, nous criait-on l’autre jour, comme s’il n’était pas très facile et très juste de répondre : Ni l’un ni l’autre. Le socialisme espère absorber l’individu,