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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/38

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endroit par où il pût exercer, avec quelque apparence de raison, le droit de grace. Dans son conseil ; il plaidait la cause de ses assassins. Son courage personnel était au-dessus de toutes les épreuves. Je ne parle pas de l’époux et du père : l’inimitié la plus envenimée l’a toujours respecté ; mais je veux relever en lui une vertu qui n’est pas assez connue, je veux dire sa parfaite sincérité. Le roi ne déguisait point sa pensée ; loin de là il l’exprimait, en public comme en particulier, dans un langage bien dépouillé d’artifice. Naturellement éloquent et causeur incomparable ; il aimait les luttes de la conversation, et cherchait à y faire prévaloir ses opinions avec une grace, une verse, une opiniâtreté qui ne se lassait jamais des convictions étaient ardentes et indomptables. Que ce soit sa gloire et son excuse. C’est par là qu’il a fait tant de bien à la France et c’est par là aussi qu’il a succombé, car les hommes de sa trempe trouvent leurs périls dans leurs qualités.

Pour moi, je n ai pas pu connaître le roi. Louis-Philippe sans l’admirer. En 1840, je l’ai beaucoup vu, et je l’ai souvent contredit et dans le conseil et dans le tête à tête, ce qu’il n’aimait guère chaque jour, il me surprenait, m’attirait, m’attachait par ses défauts mêmes. Devant lui, je me suis toujours senti en présence d’un esprit rare, d’une ame excellente, d’une capacité supérieure. Je l’ai servi, je l’ai aimé ; je porte à sa : mémoire un respect inviolable, et je ne crois pas y manquer en avouant qu’il était trop grand pour être un très bon roi constitutionnel.

Le roi ne comprenait qu’un système de gouvernement, et ce système n’était pas tout-à-fait celui de la monarchie parlementaire. Il avait subi en frémissant la main de Casimir Périer. Le ministère du 11 octobre lui avait souvent pesé, et pourtant ce ministère est le plus grand qu’ait eu la monarchie de juillet : il avait à sa tête M. le duc de Broglie, appuyé sur M. Thiers et sur M. Guizot, c’est-à-dire le caractère politique le plus respecté et les deux plus grands talens parlementaires du pays. Depuis la chute de ce cabinet, il n’y a plus eu que des ministères incomplets, et ce n’était pas par là qu’ils déplaisaient au roi : il n’était pas fâché qu’ils dépendissent d’autant plus de lui. Il avait toujours eu la passion de conduire lui-même le gouvernement, et là-dessus il s’exprimait comme aurait pu le faire Louis XIV. Il n’a jamais songé à sortir de la constitution ; jamais il n’eût signé les ordonnances du roi Charles X ; il n’en eût pas eu besoin. Il connaissait et pratiquait un art plus profond de faire triompher ses opinions, son système, le système du roi, comme il se plaisait trop à l’appeler. Il aimait les hommes à lui ; il en avait dans l’une et dans l’autre chambre. Plus de cinquante députés appartenaient avant tout au parti du roi, et il les prêtait plus ou moins à ses ministres. À la chambre des pairs, il avait ses orateurs qui paraissaient dans les occasions délicates, et je les ai reconnus plus